Un jugement de glace
Retour sur le parcours de celle qui aura bouleversé la manière de concevoir les programmes des patineuses
Gymnaste de formation, Surya Bonaly l’est restée sur la glace : elle est la seule patineuse artistique à réaliser des combinaisons complexes de type triple lutz/triple boucle piqué, un quadruple saut et un salto arrière, en compétition officielle.
Surya surprend par ses prises de risques techniques en choisissant d’effectuer des sauts ambitieux non homologués, et des enchaînements étonnants qui la rendent unique sur glace et attendue par le jury comme par le public.
Elle se bat comme une lionne sur la glace pour créer la surprise, attirer l’admiration et atteindre un niveau de performance toujours supérieur devant le jury.
Voici deux de ses réalisations majeures en compétition:
Back flip + Triple boucle piqué :
Back flip retombé sur un pied + Triple Salchow :
Le long de sa carrière de 10 années entre 1988 et 1998, elle connaîtra un palmarès fulgurant : 9 fois championne de France et 5 fois championne d’Europe.
Sa carrière est à son apogée de 1993 à 1995 où elle terminera trois fois vice-championne du Monde ; mais c’est bien là que le bât blesse : elle n’obtiendra jamais la 1ère place aux championnats du Monde, situation qu’elle vit comme une terrible injustice.
Qu’a-t-elle de moins qu’ Oksana Baiul quand elle exécute un programme complexe sans faute avec sept triples sauts, dont un deuxième triple lutz en fin de programme parfaitement réalisé lors des Championnats du monde de 1993 à Prague ?
L’année suivante, rebelote, la téméraire Surya après un parcours sans faute, se voit recalée derrière la très lisse japonaise aux Championnats du Monde de Chiba. S’en est trop pour elle, elle ne comprend pas la décision des juges, que doit-elle faire de plus pour atteindre la 1ère marche ? Se greffer des ailes ?
En pleurs mais digne, elle refusera de monter sur la 2ème marche du podium, restera droite derrière la marche sous les sifflements du public. Pressée par le président du jury décontenancé, elle monte finalement sur la seconde marche du podium mais retire sa médaille aussitôt en signe de révolte ; elle ne l’aura gardée que 17 secondes autour du cou.
Elle n’accepte pas son titre, elle méritait l’or. Elle répondra aux journalistes les trémolos dans la voix : « Je ne sais pas… je ne dois pas avoir de chance… », sous-entendant qu’elle était victime d’un délit de « sale-gueule » évident de la part du jury.
Remise des médailles aux Championnats du Monde de 1994 à Chiba :
C’est vrai Surya surprend, sort du lot, elle est plus gymnaste que danseuse, plus fougueuse que gracieuse, plus casse-cou que gracile, plus artiste que scolaire, plus cygne noir que cygne blanc (cf : Odette/Odile dans la Légende du « Lac des Cygnes »), enfin, plus imprévisible que rationnelle.
Elle pose la question des critères de notation en patinage artistique ; qu’attendons-nous ? Une jolie fille en collant souriante au style appliqué réalisant les figures de base ?
Surya pense alors que ce qui est jugé ce n’est plus ses performances ni son irréprochable technique, mais son identité elle-même, sa personnalité… bref ce qu’elle est ; tout ce qu’elle ne peut corriger à force d’efforts à l’entraînement. Elle est impuissante face à ce qui est alors en cause.
Par son charisme, Surya aura bousculé les codes du patinage artistique en exécutant des sauts non homologués, elle aura secoué cette discipline sportive en la rendant plus technique, plus performante. Elle a été le « bouton sport » de la discipline en proposant une alternative d’exécution plus boostée et moins sage.
Son pep’s et son culot auront attiré un autre public aussi, moins de mamies au crochet et plus de jeunes captivés devant leur télé.
Pour le plaisir, voici la prestation de Surya lors du Gala des JO de 1992 à Albertville sur « Madame Butterfly » où elle réalise deux back flips dont le deuxième retombé sur un pied :
Jeune fille en forme de 28 ans








Afin de répondre aux questions, je ne crois pas que Surya a été mal jugée. Une médaille d’argent aux championnats mondiaux, je ne vois pas ça comme un défaite, mais comme un accomplissement mérité que peu de gens atteignent. En général, les experts s’entendent pour dire que la technique de Surya n’était pas parfaite. Elle manquait parfois de glisse et de souplesse dans ses atterrissages et, sur le place artistique, c’était son point le plus faible. Par contre, c’est vrai qu’elle s’était considérablement améliorée avec les années se ce côté.
Merci pour ton éclairage avisé Luc.
De mon côté je suis une simple spectatrice amatrice; c’est vrai que j’ai regretté que l’inédit, la fronde, que proposaient Surya Bonaly dans sa discipline, certes qui pêchait au niveau des critères artistiques, ne l’ait pas propulsée au sommet.
En comparaison, j’ai un ressenti beaucoup plus puissant lors de l’exécution du programme de Surya Bonaly que pendant l’exécution de celui de ses adversaires Russe et Japonaise aux Championnats du Monde que je juge certes gracieux, mais assez lisses et beaucoup moins techniques.
A ce niveau de compétiton, comme dans tous les sports, on attend toujours un peu de rêve, un facteur x, que peu d’athlètes sont capables de donner dans ce contexte. Pour moi Surya Bonaly faisait parties de ces personnes là.
Elle alimentait le show en proposant moins de danse mais plus de sensations sur glace.