Tuons la Ligue des Champions !

19 mai 1999. Grâce à une victoire 2 à 1 face à Majorque, la Lazio remporte la toute dernière coupe des vainqueurs de coupe. Sitôt le coup de sifflet final donné, le football européen bascule dans une nouvelle dimension, celle où la Ligue de Champions devient la compétition omnipotente dans l’univers du ballon rond. Car dès l’acte de décès de la C2 prononcé, l’UEFA a donné naissance à un monstre qui vampirise le football. Requiem.

Au vrai, la mutation s’est amorcée dès 1992. Cette année-là, le Barça remporte face à la Sampdoria celle qui s’appelle encore la Coupe d’Europe des Clubs champions. Particularité de cette édition : c’est la première fois qu’une phase de poules est incorporée, après deux tours à élimination directe. L’année suivante, la compétition devient la Ligue des Champions, nom qui paraît tout droit sortie d’un DC Comics.

Changement anecdotique ? Si seulement. Car à partir de ce moment-là, le football entre dans l’ère de la modernité. Les dirigeants européens du sport le plus populaire veulent faire de l’argent. Ils vont réussir. Avec la complicité hypocrite des supporters qui détestent ce format mais qui continuent de regarder ces matches sans saveur et acheter (consommer serait aussi approprié) moult produits dérivés et autres abonnements au câble afin de rassasier leur boulimie.

Ah ! Si vous connaissiez ma poule !

Depuis lors, les règles d’accession à la C1 n’ont cessé de changer. Jadis, y accéder était un Graal que seul le champion pouvait toucher. Ainsi, les 32 champions domestiques pouvaient se disputer la prestigieuse coupe, peu importe si le premier tour offrait des rencontres improbables. Petit à petit, les vice-champions des championnats les plus prestigieux ont pu participer, via un tour préliminaire. Puis les trois premiers. Puis les quatre premiers, toujours au détriment des fédérations modestes qui, pendant que l’UEFA faisait croire que l’arrêt Bosman était à l’origine de l’écroulement des identités de jeu, étaient allègrement pillé par des clubs d’Europe occidentale de plus en plus riches et puissants. Résultat, les champions de ces petites fédérations entraient dans la compétition de plus en plus tôt avec, comme seul espoir, d’être des faire-valoir juste bons à prendre des cartons contre les cadors.

Pourtant, il y a toujours écrit “Coupe d’Europe des Clubs Champions” sur le trophée aux grandes oreilles non ? Jamais à court de trouvailles, les pontes de la fédération européenne sont allés jusqu’à incorporer des repêchés de la C1 en C3, afin que les pauvres petits malchanceux au grattage ait une nouvelle chance au tirage. Au loto, on appelle ça une consolante et, généralement, on gagne un filet garni avec un jambon cru tout sec. On sait qu’on a gagné un prix au rabais ; alors certes, on a gagné mais si ce n’avait pas été le cas, on n’aurait pas pleuré non plus parce que, intérieurement, on sait pertinemment que le jambon finira dans une poubelle.

Une seule fois, l’UEFA a reculé. De 1999 à 2003, les cerveaux féconds de l’intelligentsia du football continental, en accord avec les clubs, ont eu l’idée pas banale d’ajouter une nouvelle phase de groupes. Mais devant la faiblesse des audiences et des revenus suscités, le concept fut abandonné. Ce qui a prouvé une bonne fois pour toute que ce sont bien les supporters qui sont à la base du jeu.

Un calendrier surchargé au détriment du spectacle et des joueurs

Le plus ironique dans toute cette mascarade qui dure depuis vingt ans, c’est que les clubs se plaignent des cadences infernales qui conduisent aux blessures ! Pourtant, un retour aux trois coupes d’Europe version old school avec tirage au sort intégral allègerait fort le calendrier. Mais au petit jeu de « qui est le plus important : le business ou la santé des joueurs ? », les clubs ont vite répondu et n’ont pas eu besoin d’un vote à bulletins secrets.

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  1. avatar
    27 mars 2012 a 22 h 25 min

    Magnifique.

    Magnifique.

    Magnifique.

    Seulement voilà, j’ai pas connu ces Coupes des Champions. Coupe des Coupes et je ne sais quoi.

    Cette C2…

    Juste la Champions League.

    Et en ce triste mardi soir (0-0 APOEL – Real, 0-1 Benfica – Chelsea), je regrette d’être né apparement un peu tard…

  2. avatar
    28 mars 2012 a 1 h 44 min

    Merci! Je ne suis pas un vieux de la vieille non plus mais j’ai eu la chance de vivre certaines de ces soirées. Je me rappelle avoir suivi Bordeaux dès l’Intertoto, le PSG lors de ses deux finales, Chelsea, le Borussia contre Feyenoord dont le contexte était très particulier (mort d’un leader d’extrême droite le jour à même et finale dans son fief de Rotterdam) et le fameux Lazio-Majorque. Ces coupes étaient belles, on découvrait des clubs, des footballs différents. J’ai appris la géo comme ça! Le foot s’est uniformisé et ça lui nuit. Les dirigeants du foot s’en mordront les doigts un jour ou l’autre!

  3. avatar
    28 mars 2012 a 9 h 52 min

    Superbe.

    Tous les ans, on se dit que les meilleurs moments restent les allers retours à partir des huitièmes de finale. Je me rappelle de la campagne européenne de Valence en 2000, un fabuleux Valence-Lazio, l’énorme Barca-Chelsea de la même saison avec son issue en prolongations. Quand on voit les 2 Naples-Chelsea et l’intensité des matchs du tour précédent, ça confirme ce point de vue. Bref… Good old times…

  4. Pingback: Il faut sauver la Ligue Europa | Nouvelles Populaires

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