Le Tour de l’ennui
Ce Tour de France 2012 défile devant nos yeux sans âme. Qu'est devenu l'esprit de la Grande Boucle, celui des épopées glorieuses ? Il semble loin, malheureusement.
Dire que l’on s’emmerde durant ce Tour de France 2012 est un doux euphémisme. C’est vrai que l’on a été habitué à des Tours plus épiques ces dernières années, des duels Schleck – Contador jusqu’aux vainqueurs plus improbables comme Sastre ou Pereiro Sio.
Chaque année, quelques coureurs avaient en plus le bon goût de se faire attraper par la patrouille du dopage, histoire de permettre aux suiveurs de commenter et à la vox populi de s’indigner. Si l’on note cette année le bel effort de Franck Schleck, contrôlé le 14 juillet avec des traces de diurétique, on reste un peu sur notre faim : une transfusion sanguine, une suspicion de consommation d’EPO ou d’une bonne vieille hormone de croissance prohibée aurait eu plus de gueule, Francky. Bon, ne désespérons pas, le frangin nous gratifiera peut-être l’an prochain d’un plus gros jackpot.
Bref, on n’a pas grand chose à se mettre sous la dent depuis le départ de Belgique et le plus triste, c’est que l’on a l’impression que tout le monde essaie de se voiler la face, ou de la sauver, pour être plus juste. Il n’y a pas un jour qui passe sans que les commentateurs attitrés (en télé ou en radio, le combat semble identique) pour s’extasier sur cette étape « ô combien passionnante », « ce parcours qui ne peut nous réserver que des belles surprises », j’en passe et des meilleurs.
Le clou du spectacle aura bien sûr été cette arrivée à Foix, où finalement les crevaisons en chaîne auront permis d’agrémenter une étape où l’on aura pu c’est vrai, soyons honnête, voir pêle-mêle : Cadel Evans se mettre en danseuse, un maillot vert à l’attaque dans un col, une attaque de Sandy Casar dans les 500 derniers mètres du même col, et un peloton qui s’arrête de rouler (sauf Pierre Rolland, hein) pour attendre tous les attardés… Enfin surtout Cadel, pour être honnête, parce que les autres c’est vrai que l’équipe du maillot Jaune s’en fout.
Attention, il ne s’agit pas là de faire porter toute la responsabilité de ce Tour « chiantissimo » à l’équipe Sky. Il est vrai que la tentation est grande, tant on a envie –parfois, souvent ?- de baffer Wiggins et ses gregario, et pas que pour les lunettes façon Mario Cipollini (souvenez-vous la marque Briko, si, si, dans les années 90) de Chris Froome. Ils ne sont pas les seuls responsables. Que feriez-vous à leur place ? Ils sont trop forts, capables de faire se sublimer des types comme Richie Porte ou Christian Knees, d’obliger Mark Cavendish à penser à autre chose qu’à sa pomme (c’est sûrement cela le plus bel exploit) et à mettre au service d’un leader flegmatique et insipide celui qui semble le plus grand feu follet actuel au sein du peloton.
Dire que l’on attend que Froome se révolte contre son leader est encore bien loin de ce qu’il est possible de penser. Enfin, bon, la Sky est toute puissante, elle dispose des meilleurs préparateurs, d’un matériel hors norme avec notamment ses plateaux ovoïdes qui feraient gagner des dizaines de watts de puissance aux coureurs (notons que cela permet par ailleurs d’expliquer les puissances développées par les coureurs Sky, qui frôlent les 450 watts sur des durées qui rappellent les heures les plus sombres du cyclisme, Lance et Marco, suivez mon regard)…
Mais en face, que font les autres coureurs ? Je veux bien que la Sky fasse peur, que la Sky impressionne, qu’elle montre ses muscles peut-être comme rarement d’autres équipes précédemment, mais finalement, qu’espèrent leurs adversaires ? La réponse est cruelle, mais bien réelle : une place d’honneur, un modeste accessit qui permettra à Jurgen Van den Broeck de dire à ses petits-enfants : « j’ai fait un top 5 au Tour de France ». Jurgen, Vincenzo, Haimar, Janez, il est temps de vous dire la vérité : les points UCI et vos beaux strapontins, tout le monde s’en cogne. Faîtes-nous vibrer bon sang : arrachez vos oreillettes, bougez, attaquez, laissez vos tripes sur la route s’il le faut. La gloire passe par là, et non par le suçage résigné des roues d’une armada britannique. Messieurs, rendez-vous dans les Pyrénées.








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