Tom Daley : le plongeon vers la gloire
Champion d’Europe à 13 ans et du monde à 15 ans, Tom Daley est la nouvelle pépite du plongeon britannique. Mais à quelques mois de l’évènement olympique, le jeune homme doit composer avec le stress et les reproches de sa fédération. La route vers la gloire olympique s’annonce compliquée
- Par emmanuelle.m
- Mardi 06 mars
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Evènement biennal réunissant les meilleurs plongeurs de la planète, la Coupe du Monde de plongeon se tenait cette année à Londres et servait également de test event. Si la compétition a été une fois de plus dominée par les Chinois, la star que tout le monde attendait était pourtant britannique.
Tom Daley, seulement 17 ans, est un modèle de précocité dans le monde du plongeon. Plus jeune vainqueur des championnats d’Europe à 13 ans (2008), cadet de l’équipe britannique aux derniers Jeux Olympiques et plus jeune champion du monde à 15 ans (2009), le spécialiste du haut-vol à 10 mètres est devenu une célébrité dans un pays pourtant peu adepte du plongeon.
Très vite comparé au triple champion du monde Alexandre Despatie, Tom Daley doit aussi subir l’attente de toute une nation, prête à le voir triompher aux prochains Jeux, à domicile. Depuis sa cinquième place aux derniers championnats du monde à Shanghai, l’an passé, et son choix de ne s’aligner qu’au 10m synchronisé à la Coupe du Monde, les critiques pleuvent sur le jeune homme.
Le directeur technique de British Diving, Alexei Evangulov, lui a demandé de consacrer moins de temps aux médias et de se concentrer davantage sur l’entraînement, déclarant que ses adversaires chinois s’entraînent « trois fois plus fort ». « Ca me rappelle la situation de la Russie avec Anna Kournikova. Elle était jolie et a fait un début prometteur mais l’exposition médiatique ne lui a pas permis d’être la meilleure ».
Si Tom Daley et son agent ont assuré ne consacrer que peu de temps aux engagements publicitaires, les contrats du plongeur et son implication très active dans les médias sociaux sont autant de faits qui attisent les critiques. Cependant, Alexei Evangulov reconnait aussi que le plongeon britannique doit beaucoup au jeune homme, qui incite désormais de nombreux enfants à pratiquer ce sport encore méconnu il y a cinq ans.
Qiu Bo, le Djokovic du plongeon
Au-delà des reproches, de nombreux changements tendent à prouver qu’il sera difficile pour le britannique de rivaliser avec les Chinois. Le premier est d’ordre physique. Encore en pleine croissance, Tom Daley a grandi d’une dizaine de centimètres et pris 15 kg depuis sa victoire aux Mondiaux, en 2009. Les modifications corporelles combinées aux exigences techniques du plongeon devraient être un obstacle à sa progression, mais sa cinquième place mondiale surprend pourtant les spécialistes. « C’est incroyable que Tom soit capable de rester aussi haut dans le classement », s’étonne le vice-champion olympique 2004 au 10m synchronisé Leon Taylor, à la BBC.
une dizaine de centimètres et 15 kg en plus depuis sa victoire aux Mondiaux
L’autre modification concerne les quatre nouvelles figures incorporées l’an dernier dans le programme du britannique. La tentative – ratée – du quadruple saut périlleux et demi avant groupé effectuée avec son partenaire Peter Waterfield à Londres montre encore les nombreux progrès que Tom Daley doit accomplir pour rivaliser avec les Chinois cet été, Qiu Bo en tête.
Le champion du monde, auteur d’une performance époustouflante à la Coupe du Monde – il a obtenu six fois la note de 10 pour un triple saut périlleux et demi arrière carpé – sera le favori aux prochains Jeux. « Qiu Bo est vraiment l’homme à battre », confirme Tom Daley. « Il est tellement régulier. Il est petit, puissant et peut tourner très vite et entrer parfaitement dans l’eau ». « Qiu Bo est le grand favori pour la médaille d’or », ajoute son agent Jamie Cunningham. « Il est l’équivalent de Novak Djokovic en tennis, l’homme à battre après une année 2011 sans défaite ».
Le britannique espère pourtant pouvoir profiter du mental friable du Chinois pour rééditer l’exploit des Mondiaux de Rome, en 2009. En tête de la compétition avant le dernier plongeon, Qiu Bo avait craqué sous la pression et échoué sur sa dernière figure, permettant à Tom Daley de remporter le titre mondial.
Adversaire et surtout détracteur du britannique – il l’avait aussi accusé de consacrer trop de temps aux médias – l’Australien Matthew Mitcham se range pourtant du côté de son rival. « Ils [les Chinois] ont tendance à avoir un problème au très haut niveau avec le stress. Ils ne sont certainement pas infaillibles », confirme le champion olympique. « C’est ce qui est arrivé en 2007 aux championnats du monde quand la Russie a gagné, c’est ce qui s’est passé à la Coupe du Monde en 2008 quand un Allemand a gagné, aux Jeux Olympiques où j’ai gagné, en 2009 quand Tom a gagné, en 2010 quand j’ai gagné ».
S’amuser pour gagner
Méthode Coué ou non, Tom Daley rejette toute forme de pression à l’approche de l’évènement olympique. « J’ai appris comment composer avec le stress et me concentrer », assure-t-il. Il dit se projeter plutôt vers les JO de 2016, à Rio, où il devrait atteindre sa maturité physique. Et affirme s’amuser lorsqu’il plonge. « Quand je fais quelque chose, je m’assure d’avoir du plaisir. J’adore le plongeon et j’en fais parce que je m’amuse et que je veux bien faire. C’est la seule raison ».
Son idole Alexandre Despatie a lui aussi connu le stress provoqué par la trop forte attente des médias et du public. Dans un sport où le mental est primordial, le Canadien confirme que la notion de plaisir est fondamentale si le Britannique veut rester parmi les meilleurs. « Ne jamais oublier qu’il plonge pour lui avant toute chose. Il ne plonge pas pour son coach, il ne plonge pas pour ses parents, il ne plonge pas pour ses amis. Et il ne plonge surtout pas pour son pays. C’est la seule manière pour lui de rester concentré sur lui et sur son affaire ».
Après avoir conquis le public britannique, une longue route attend encore Tom Daley s’il veut conquérir l’Olympe cet été. Et ne plus être seulement l’espoir d’une nation, mais le roi du plongeon.









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