L’Enfer du Nord est pavé de bonnes intentions

Paris-Roubaix n’est pas une simple course cycliste : c’est un Monument.

De la Tranchée d’Arenberg au vélodrome, la Reine des Classiques est un hymne aux forçats de la route. Dans la boue ou la poussière, les coureurs n’ont pas le droit à l’erreur s’ils veulent rallier l’arrivée. De légendes en exploits, l’Enfer du Nord est un mythe de 116 ans qui célèbrera sa 110ème édition cette année. L’occasion de retracer ses plus grands moments.

« Ce serait un jeu d’enfant »

A la fin du XIXème siècle, les compétitions de cyclisme sur piste sont plus nombreuses que celles sur route. En 1895, Théodore Vienne et Maurice Pérez, deux filateurs roubaisiens, décident de financer la construction d’un vélodrome dans leur ville. Aussitôt dit, aussitôt fait : sous l’égide de l’architecte Dupire, le projet est mené à bien en moins de deux mois ! A l’époque, les courses les plus populaires sont Paris-Brest-Paris et Bordeaux-Paris. L’année suivante, les deux amis souhaitent créer une course qui partirait de Paris pour s’achever sur leur beau vélodrome.

Pour organiser cette course, ils envoient donc une lettre à Paul Rousseau, directeur du journal Vélo, expliquant que cela constituerait une parfaite préparation pour Bordeaux-Paris qui s’élancerait quatre semaines plus tard : « Paris-Roubaix présente un parcours de 280 km environ, ce serait un jeu d’enfant pour les futurs participants de Bordeaux-Paris ». Bel euphémisme. Chargé de la reconnaissance du parcours, Victor Beyer, principal rédacteur de Vélo, n’en croit pas ses yeux et ses jambes ; dans son rapport, il déconseille d’abandonner ce « projet diabolique ».

Octave Lapize, premier spécialiste

Jusqu’en 1914, la victoire n’échappe qu’à trois reprises aux Français, notamment lors de la première édition, remportée par l’Allemand Josef Fischer. Mais incontestablement, le premier véritable spécialiste de l’épreuve est Octave Lapize qui lève les bras en 1909, 1910 et 1911. Malgré ses succès, dont un Tour de France en 1910, le destin de Lapize rejoignit celui de Jean Bouin : envoyé au front, « Le Frisé » mourut à Toul en 1917, à seulement 29 ans.

Au sein du palmarès, « Le Taureau du Nord » Charles Crupelandt tient une place de choix puisqu’il est encore aujourd’hui l’unique vainqueur roubaisien (1912 et 1914). Son nom vous dit forcément quelque chose : le dernier secteur pavé situé à quelques encablures du vélodrome porte son nom depuis 1996. A l’occasion du centenaire de sa première victoire, l’association des Amis de Paris-Roubaix et la ville de Roubaix lui ont rendu un vibrant hommage mercredi dernier.

De Vlaeminck/Merckx, duel de Géants

Sans nul doute, ils se livrèrent les beaux duels sur les routes pavées de Paris-Roubaix. Le Gitan contre le Cannibale, vaste programme. De 1968 à 1977, les deux Belges se sont partagés sept victoires, quatre pour De Vlaeminck, trois pour Merckx. Seuls Walter Godefroot (1969), Roger Rosiers (1971) et Marc Demeyer (1976), évidemment Belges eux aussi, sont parvenus à s’immiscer au milieu de cette hégémonie. Surnommé par les Flamands « Monsieur Paris-Roubaix » (en français dans le texte), De Vlaeminck a également fini quatre fois deuxième (1970, 1978, 1979 et 1981) et une fois troisième (1976).

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