Marcelo Bielsa : portrait d’el Loco

Ancien joueur, Marcelo Bielsa est aujourd’hui entraineur de l’Athletic Bilbao. Encore peu connu en Europe, il jouit d'un crédit immense en Amérique du Sud. Une réputation acquise grâce à ses méthodes et son sens tactique aiguisé... Mais aussi en raison de sa légère folie. Portrait d'el Loco.

Bielsa hérite alors d’un groupe qui vient de se faire éliminer en quarts de finale de la Coupe du Monde 1998. Un résultat loin d’être mauvais mais tout de même décevant au vu des talents dont dispose le pays. Bielsa fait de cette équipe un véritable orchestre, composé de solistes d’exceptions parmi lesquels Ortega, Batistuta ou encore Veron. La phase qualificative pour la Coupe du Monde asiatique de 2002 n’est dès lors qu’une simple formalité. Forte de son statut, l’Argentine se présente en Corée et au Japon avec la victoire finale pour seule ambition. Mais rien ne se passe comme prévu, l’Albiceleste chute prématurément au premier tour et le jeu, s’il est toujours aussi séduisant, donne lieu à de longues périodes de domination stérile. Malgré tout, Bielsa décide de continuer l’aventure et conduit l’Argentine à la victoire lors des J.O d’Athènes en 2004 et en finale de la Copa America lors de la même année. El Loco semble alors parti pour diriger la sélection jusqu’à la Coupe du Monde 2006. Mais non, encore une fois, il démissionne et prend la fuite comme un voleur. Comme avec les Newell’s Old Boys, Vélez Sársfield ou l’Espanyol Barcelone, l’histoire se répète.

Marcelo Bielsa n’occupe aucun poste durant les trois années qui suivent cette quatrième démission. Il disparait mais ne coupe pas pour autant le lien avec le football. Durant cette période, il aurait en fait visionné un nombre phénoménal de vidéos, matchs et autres séquences de jeu des meilleures équipes actuelles. Dans l’optique de revenir encore plus fort qu’avant ?

A l’époque, personne ne le sait mais oui, Bielsa a prévu de revenir. Comme après chacune de ses disparitions, il signe un nouveau chef-d’œuvre en prenant les commandes de l’équipe nationale du Chili. Il qualifie la sélection chilienne pour la Coupe du Monde 2010. Mieux, une fois en Afrique du Sud, le Chili passe les poules et ne tombe que face au Brésil en huitième de finale. Le jeu flamboyant et la remise au goût du jour de la défense à trois par Bielsa font de cette compétition une véritable réussite pour le Chili. Mais une fois encore, l’histoire se termine mal et Bielsa, insatisfait du changement de présidence à la fédération, démissionne moins d’un an plus tard.

Mais cette fois ci, el Loco n’a pas l’intention de disparaitre. Il atterrit en Espagne à l’Athletic Bilbao, comme s’il voulait chasser le fantôme de son passage éclair à l’Espanyol Barcelone. Sa venue ne tient qu’à une condition : l’élection au poste de président de Josu Urrutia par les socios du club basque. Urratia les séduit par son projet et se fait élire. Bielsa débarque. Les premiers résultats sont décevants mais el Loco bénéficie de la confiance du président. L’Athlétic Bilbao relève la barre et se trouve aujourd’hui dans une position quasiment idéale. Normal lorsqu’un coach atypique vient à la rencontre d’une équipe pas comme les autres, marquée par une culture anglo-saxonne et s’accrochant à la conservation de sa culture basque. Aujourd’hui, Bielsa a conquis la ville. Le club a frappé une grand coup en allant gagner à Old Trafford lors des huitièmes de finale aller de la Ligue Europa et se mêle à la lutte pour la quatrième place en championnat, synonyme de qualification pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions. Bielsa est désormais indispensable à Bilbao. Mais le contraire est-il vrai ? El Loco est toujours capable de partir comme ça, sans rien laisser derrière lui, sans prévenir. C’est certainement ce qui doit aujourd’hui faire le plus peur aux socios basques.

Au final, Marcelo Bielsa est un entraineur singulier, fou diront certains : « à l’entrainement, on va faire 220 centres mais seulement 5 arriveront à destination. J’oblige quand même le joueur à tous aller les prendre parce que marquer un but c’est la vie pour nous. Si le joueur ne va pas sur un des 220 centres qu’on fait, je le tue. Je lui fait sentir que c’est comme s’il avait violé une femme ». Alors oui, Bielsa est particulier et peut, au premier abord, intimider mais il reste un sacré génie. C’est lui qui a sonné, avec le Chili lors de la Coupe du Monde 2010, le retour au haut niveau de la défense à trois aujourd’hui.

Une personne ne s’est pas trompée sur le personnage : Pep Guardiola. L’entraîneur catalan admire Bielsa depuis la Coupe du Monde 2002, en témoigne ce qu’il disait de son équipe à l’époque : « pour moi, l’équipe la plus intéressante du tournoi est l’Argentine même s’ils n’ont pas passé la première phase de poule. Peu importe que tu aies eu le ballon, que l’équipe ait été parfaitement organisée et que tu aies parié sur un 3-4-3 comme l’a fait Bielsa. Tu perds et on dit que c’est un fiasco. Moi je le vois d’une autre façon ». Le culte du football offensif fait figure de trait d’union entre les deux hommes. C’est d’ailleurs lui qui a précipité leur rencontre en Argentine à l’initiative de Guardiola, qui souhaitait à l’époque acquérir de l’expérience avant de prendre les commandes de la réserve du Barça. De plus Comme Bielsa avant lui, il a aussi décidé de ne parler que lors des conférences de presse officielles pour ne pas traiter différemment les gros et les petits médias. Et si le parallèle ne s’arrêtait pas là. Et si Bielsa prenait un jour la succession de Guardiola au Barça ? A coup sûr, ce serait un moyen de perpétuer la tradition du beau jeu blaugrana.

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Hollande de Cruijff et Bresil de Têle Santana. Parce que pour être un grand looser il faut déjà avoir du style. Mon twitter: @Romaindona

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