Des ascenseurs bloqués au deuxième étage
Voici quelques années que la Ligue 1 voit des équipes historiques avoir des saisons sans et descendre en Ligue 2. Que ce soit le FC Nantes, le RC Lens, ou l’AS Monaco, ces clubs qui descendent d’un étage ont désormais du mal à remonter rapidement. Il est d’emblée difficile d’expliquer le pourquoi de ce phénomène, mais en regardant de plus près certains facteurs, on peut déceler des débuts d’explications. Zoom sur ce phénomène récent qui fragilise grandement les fondements de certains clubs français.
Lorsqu’en 2007, le FC Nantes est descendu en Ligue 2, la France du football a ressenti de la tristesse. Un de ses clubs historiques, abonné aux places d’honneur, huit fois champion de France, candidat à l’Europe, vient de terminer une saison calamiteuse par une place dans l’ascenseur pour la Ligue 2. Malgré deux alertes lors des saison précédentes, les Nantais ont tout de même fini par sombrer. Il leur faudra une saison pour retrouver l’élite, avant de rechuter la saison suivante. Cette fois-ci, pour de bon. Et ce n’est pas un cas isolé dans le paysage du football français, puisque les Sang et Or lensois ont connu le même désagrément. Enfin, la saison dernière, Monaco a fini par les imiter, connaissant en plus des débuts catastrophiques en Ligue 2. Comment ces clubs structurés et taillés pour la Ligue 1 sont-ils descendus d’un étage sans pouvoir remonter ? Qu’ont-ils fait de si grave pour ne pas être capables de retrouver un échelon plus conforme pour eux et leur histoire ? Ou plutôt que n’ont-ils pas fait ?
La première explication renvoie au niveau de la gestion de l’effectif. Lors de la première descente du FC Nantes, l’effectif avait largement été remanié, avec une dizaine de départ (Toulalan, Pujol, Landreau, Quint, Delhommeau, Yapi, Drouin…) pour six arrivées (Stojkovic, Cubilier, Boukhari, Wilhelmsson…). Ces changements en profondeur dans l’effectif entraînent logiquement des difficultés en début de saison : les automatismes ne sont pas en place, le jeu manque de liant, les résultats ne suivent pas… Arrive alors le second facteur aggravant : le changement d’entraîneur.
Car le fameux « choc psychologique » est rarement vérifié au niveau des résultats. A Nantes, Serge Le Dizet, George Eo, Michel Der Zakarian et Japhet N’Doram se sont succédés en quelques mois. Les recrues estivales étaient elles déjà sur le départ, remplacées par trois nouveaux joueurs (Pieroni, Barthez et Zaïri). Pas assez pour empêcher le club de finir la saison au plus mal et de sombrer. Côté lensois, la saison de la descente a sensiblement ressemblé à la même chose. Tout a commencé en début de saison avec le remplacement de Francis Gillot par Guy Roux, vite remplacé par Jean Pierre Papin. De son côté, Monaco a usé cinq entraîneurs depuis 2006 : Lazslo Bölöni, Laurent Banide, Ricardo, Guy Lacombe, et de nouveau Banide. Les effectifs ont été largement remaniés à chaque changement et les résultats n’ont jamais suivi. Jusqu’à cette année de la descente en 2011…
Une fois en Ligue 2, ces clubs se heurtent à des problèmes économiques. Les recettes -billetterie, droits TV, sponsoring, marketing) sont nettement inférieures à la Ligue 1. Le RC Lens a par exemple perdu la bagatelle de 30 millions d’euro entre 2008 et 2009. La sous-exposition médiatique de la Ligue 2 ne permet pas aux clubs de se voir redistribuer des sommes conséquentes. Ils sont donc contraints de puiser dans leurs réserves, où de recruter des joueurs bon marché… Souvent des joueurs moyens. De budgets avoisinant les 50-60 millions d’euros en Ligue 1, Lensois et Nantais ont débuté la saison 2011-2012 avec des budgets autour de 20 millions d’euros. Difficile dès lors de recruter pour reformer un effectif capable de remonter et de rester en Ligue 1. Ils sont donc condamnés à végéter en Ligue 2 en attendant l’apparition d’une génération intéressante. Voilà qui nous renvoie à un troisième facteur : la formation.
Lorsque le RC Lens a connu sa seconde descente, son président Gervais Martel a annoncé sa volonté de puiser dans le vivier du Nord pour attirer des joueurs aimant leur maillot. Mais certains jeunes du club comme Varane ou Hermach ne sont pas restés. La fuite de ces talents est un frein évident au développement d’effectifs de qualité. Il en est de même pour Monaco, dont l’effectif de cette saison est jeune et, même s’il manque d’expérience, reste plutôt prometteur sur le long terme. Paradoxalement, le club le plus touché par ce problème reste le FC Nantes, qui a presque toujours basé sa politique générale sur la formation des jeunes. Depuis l’arrivée de Kita, le centre de formation semble en perdition, et ce qui faisait l’essence même du club est aux oubliettes. Sans argent, ni formation, il semble compliqué pour un club comme Nantes de s’inscrire dans la continuité sur le plan niveau sportif.
Enfin, ces clubs ont aussi souffert de dynamiques catastrophiques lors des saisons entraînant leurs deuxièmes descentes. Touchés au moral, il a été trop difficile pour des effectifs décimés de se remettre dans une dynamique positive de victoire. Ce phénomène peut aussi se retrouver à des étages inférieurs, parmi les clubs descendus deux saisons d’affilée, qui ne sont pas arrivés à revenir au classement après des débuts de saisons difficiles en L2. Monaco en est le parfait exemple cette saison avec son actuelle 19ème place, à cinq points du premier non-relégable.
Sans une amélioration nette des résultats de ces clubs-là, ils rejoindront le Havre, le FC Metz ou le SC Bastia, autres emblèmes de l’ex-Division 1, qui ne sont pas remontés immédiatement et qui stagnent depuis plusieurs saisons en Ligue 2. Ou pire, ils rejoindront le RC Strasbourg aux enfers : de la Ligue 2 au National, puis direct en CFA2 suite à une liquidation judiciaire l’an dernier.









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