Le débat du jour : Du cas par cas
Les naturalisations de sportifs désirant participer à des compétitions internationales inaccessibles via leur pays d'origine se sont multipliées ces dernières années
- Par La Rédaction
- Vendredi 14 octobre
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Débat épineux que celui proposé sur Carnet Sport aujourd’hui : “Ces sportifs qui proposent leurs services au pays dans lequel ils évoluent : mercenariat ou intégration ?”
Nos rédacteurs ont comme à leur habitude su se montrer à la hauteur de la question et font appel aux références communes qui ont émaillé certains sports ces dernières années.
L’avis de Antpla
“Mercenariat ou intégration ? Je pense un peu des deux. Le cas des coureurs de fond (1500;5000;1000M) du Bahrein, d’origine africaine qui sont directement “draftés” de leur pays natal, et obtiennent immédiatement la nationalité du Bahrein (exemple parmi tant d’autres) est une forme de mercenariat: ils obtiennent un gros chèque mais ne conaissent absolument rien de la culture du pays, de la langue etc. Dans le cas inverse, Arteta, espagnol, avait proposé il y a quelques années ses services à l’equipe nationale anglaise: je pense qu’il s’agit là d’une forme d’intégration. Il vit en Angleterre depuis longtemps et parle bien anglais. Mais je pense aussi qu’il y a une forme de résignation, sachant qu’il ne pourra jamais jouer l’Euro ou la Coupe du Monde avec l’Espagne, il se tourne donc vers l’Angleterre. Cela pourrait aussi etre le cas avec Nenê…”
L’avis de tinyrossi
“Personnellement je ne comprend même pas la question. Si un joueur comme Nenê qui propose ses services à tous les pays (Brésil, Espagne, maintenant la France…) arrive en bleu, je brûle mon maillot.
Et cela n’a rien a voir avec le niveau ou le talent du joueur, ça ne sont juste pas mes valeurs.”
L’avis de matblaize
“Nenê a fait part de son souhait de disputer une Coupe du Monde, et plus particulièrement la Coupe du Monde 2014, qui se déroulera au Brésil, dans son pays.
En soi, mettre ses qualités et ses compétences au service d’un pays ou d’une équipe peut être assimilé à de l’intégration. Sauf que dans son cas, Nenê se rend compte qu’en équipe nationale du Brésil, la concurrence est très forte et qu’il lui sera très difficile, à 33 ans en 2014, d’être appelé par le sélectionneur auriverde. Il avait déjà, en 2010, demandé la nationalité espagnole pour pouvoir partir en Afrique du Sud. Cela n’avait pas abouti car ici aussi, la concurrence était exacerbée.
Il se tourne donc vers la France. Vers un couloir gauche déjà saturé bien qu’on puisse penser que Florent Malouda ou Frank Ribéry ne seront plus en Bleu d’ici là. Du moins, vu leur niveau en équipe de France, on peut le souhaiter. Il se tourne vers une sélection qu’il pense moins concurrentielle, ou du moins, une sélection où il aurait une chance d’être appelé.
Dans le cas de Nenê, on peut l’assimiler à du mercenariat puisqu’il essaye de profiter d’une situation plus favorable (ou moins défavorable) pour lui. C’est purement et simplement de l’opportunisme.
Cependant, on a vu dans certains cas, des athlètes rejoindre un nouveau drapeau pour les valeurs qu’ils représentent et parce qu’ils avaient envie de défendre leurs couleurs.
Eunice Barber s’est fait naturalisée en 1999 et a porté plusieurs fois les couleurs françaises dans les grands rendez-vous d’athlétisme. Il faut tout de même reconnaître que le Sierra Leone n’est pas particulièrement réputé pour ses structures et son haut niveau dans cette discipline.
Notons également le cas de Pieter de Villiers, pilier du XV de France, né en Afrique du Sud. Il a choisi la nationalité Française et a participé aux heures de gloire du rugby tricolore : France – Nouvelle Zélande 1999 et 2007, entre autres. Ici, il a apporté un véritable + à l’effectif Français.
La frontière entre mercenariat et intégration peut être fine. Elle dépend essentiellement des raisons évoquées pour rejoindre un drapeau. Est-ce par opportunisme ou par une réelle volonté de porter ces couleurs ? Par amour ou par défaut ?
Dans tous les cas, il y a peu de chances que Laurent Blanc fasse appel au Brésilien Nenê compte tenu de la polémique qu’il y a eu autour des pluri-nationaux.”
L’avis de Benoît Chambard
“Le sujet est trop délicat pour être traité de façon rapide.
Peut il être légitime pour un athlète kenyan barré dans son pays par des systèmes de qualifications extrêmement difficiles et où l’erreur ne pardonne pas, d’aller courir pour le Bahreïn ? Personnellement je ne pense pas car défendre les couleurs d’un pays, c’est ressentir la fierté de le faire briller. Et dans ce genre de cas, je ne suis pas sûr que voir le Bahreïn triompher lui a fait plus plaisir que de voir le gros chèque venir enfler son compte en banque.
Le cas est à peu près le même pour Bo McCalebb, meneur de jeu américain (en basket ball)mais naturalisé rapidement pour défendre les couleurs de la Macédoine. Encore plus fort, car il n’a jamais joué en Macédoine, n’a pas de liens avec une quelconque femme macédonienne mais a pu jouer avec les sélections de ce pays. Impensable, il y a quelques années, l’appât du gain (monnaie contre une place dans le 5 macédonien) fait bouger les choses.
Il reste enfin d’autres cas. Un joueur ayant grandi dans un autre pays que celui dont il est originaire, ou un joueur installé dans un pays depuis de nombreuses années peuvent prétendre à jouer avec cette nation. Mais comment cet accord est-il possible ? En foot, on compte le nombre d’années jouées dans un pays, il me semble. Donc pour se sentir capable de représenter la France (et pourquoi pas de battre le pays de sa jeunesse, de ses idoles), il suffit d’un quota d’années pour avoir ce droit ? La sélection se fera-t-elle finalement strictement sur ce critère ou un très fort joueur pouvant potentiellement prétendre à une sélection mais au dessous du quota n’aurait-il pas le droit à un passe-droit ?
C’est une question vraiment délicate qui mêle politique, géographie, sociologie, psychologie et économie. Finalement, on finit par être bien loin du sport…”









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