Le catch est-il le sport le plus universaliste derrière le football ?

Essai comparatif entre le football et le catch. Dénigré, le catch n'a rien à envier du puissant sport mondialisé (voire globalisé). Au contraire, il peut même se vanter d'être au moins tout autant universaliste que lui. Voire même plus...

Pour un premier article ici, j’ai décidé de m’attaquer à un sujet brûlant : celui du catch et de sa perception.

Effectuant un travail universitaire lui étant dédié (“Genèse et développement de la WWE”), j’ai effectué un certain nombre de recherches bibliographiques, que ce soit dans la littérature anglophone ou francophone, d’œuvres plus ou moins scientifiques (c’est à dire universitaires, primaires, témoignages…) sur le sujet.

Le catch est vecteur de stéréotype (comme le football) qui ont la dent dure, le premier étant de savoir si c’est un sport ou non, et les mauvaises langues de dire que ce n’est nullement un sport, que c’est du chiqué, que ceux qui y participent (alias les lutteurs) sont des acteurs de série B, et que ceux qui veulent bien le regarder sont des idiots finis.

Je ne reviendrais pas sur ce fait-là car, stricto sensu, c’est un sport puisqu’il y a mobilisation de force physique a contrario de celle non-physique considérée comme tel dans le langage commun (cf. les échecs, la chasse, le poker…). Je me base ici sur la définition élitiste qu’en a donné Patrick Parlebas dans son ouvrage paru à l’INSEP en 1999. (Jeux, sports et sociétés: lexique de praxéologie sportive).

Tout sport quel qu’il soit aura son lot de détracteurs. Ainsi le polo sera jugé comme un sport de bourgeois ou de nobles anglais ; le vélo comme un repère de dopés ; le football comme celui de gamins pleins aux as qui ne respectent plus rien ni personne. C’est pareil pour le catch. En plus d’avoir l’image d’un sport champêtre, lié à son passé de villes de foire (cf. F.Loyer, Histoire du catch et de la lutte en France), c’est un sport spectacle d’une part et un sport américain d’autre part, ce qui élargit le champ de critiques…

Pourtant, c’est un sport populaire, qui a gardé cet aspect au cours des siècles (au contraire de la lutte pure qui est devenue quelque peu exclusive et dont la médiatisation n’a cessé de diminuer depuis qu’elle est devenue olympique). On vient voir ce spectacle avant tout pour se détendre et aussi parce que le spectateur, à travers la pièce qui lui ait présenté (cf. Sharon Mazer : Professional wresling, sport and spectacle) participe de manière consciente ou inconsciente au développement du jeu. C’est ce que Coleridge avait dénommé les “trois degrés de l’incrédulité”.

Une autre analyse est possible, le spectateur est acteur. Il vient au spectacle car il ne peut plus (avec un état de droit de plus en plus développé) se défouler physiquement en tant que tel, il refoule sa violence en allant voir un spectacle dans lequel la violence est hautement suggérée ou cette dernière est jouée. C’est pour cela que Henri Jenkins III, dans sa contribution à l’ouvrage collectif de Nicholas Sammond “Steel chair to the head, the pleasure and pain of professional wrestling”, n’hésita pas à se référer aux travaux du sociologue Norbert Elias.

La façon dont le sociologue, ethnologue, anthropologue peut observer et analyse l’intérêt du spectateur (quelque soit son degré d’implication) n’est finalement pas si différente du supporter de football. Après tout, quel plaisir de regarder onze personnes taper dans un ballon ? Pourquoi tant de plaisir finalement ? Pourquoi tant de débordements, de passion et autant de capitaux retirés ?

C’est une question centrale que le philosophe, l’historien peut se poser, surtout si elle est adossée à un autre concept, celui de la simplicité et de la facilité de pratique.

On peut jouer au football, ne serait-ce qu’avec une balle de ping-pong en tapant sur sa porte de garage, dans la rue avec une boule de papier. Bref, n’importe qui, n’importe quel milieu social (surtout celui pauvre et populaire) peut le pratiquer. C’est presque la même situation pour le catch ou de manière générale la lutte.

Même si ce n’est pas recommandé (cf. les messages de prévention de la WWE), chacun peut effectuer des prises sur son lit, dans la rue… Il n’y a pas besoin du ring en tant que tel.

Un autre point de comparaison trouvable de manière historique, c’est la régulation de ces sports. Au fur et à mesure de leur médiatisation, football et catch se sont complexifiés et adaptés aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (N.T.I.C). La véritable explosion a eu lieu avec l’apparition et le développement de la télévision (cf. Bertrand Panhuys : “Le basket professionnel, analyse économique du spectacle sportif mondialisé”) et des conséquences plus ou moins variées qu’elle entraine.

La diffusion de l’information (avec internet comme apogée) et de ses formes multiples et diversifiées rendent ces sports plus attractifs pour les annonceurs publicitaires (effet domino), les transformant en secteurs hautement capitalistique, à forte valeur ajoutée. En tête, le football où le marché pour l’obtention de la coupe du Monde (ou même de la ligue des champions et de la ligue Europa) est fortement concurrentiel et se chiffre en milliards de dollars pour la FIFA (cf. W.Andreff, Economie internationale du sport).

L’organisation comparable pour le catch, c’est Wrestlemania. Sauf que d’un point de vue organisationnel et structurel du marché (presque même culturel), l’évènement est complétement différent de celui du football, le système américain étant un système de ligues fermées.

Mais puisque Wreslemania est comparé au superbowl, comparons ce qui peut être comparé. Même si l’offre n’est pas aussi forte que dans le cadre du Super Bowl ou de la coupe du monde de foot et que la WWE est une entreprise générant ses propres spectacles (différent du système américain présenté ci-dessus), Wrestlemania reste tout de même à son échelle un événement centralisateur très fort. C’est d’ailleurs là que fut l’un des coups de génie de Vince Mac Mahon : faire de cet évènement la vitrine mondiale du catch.

De plus, si l’on reprend l’article de Roland Barthes dans Mythologies (“le monde où l’on catche”), l’ouvrage de Christophe Lamoureux (“La grande parade du catch”) ou encore les origines présentées par l’historien Beekman dans “Ringside, a history of professional wrestling in America”, par son ancienneté, par ses origines lointaines et sa présence sur les cinq continents, le catch est le sport le plus anciennement universaliste au contraire du football qui lui est un pur produit (bien que contesté) de la première révolution industrielle en Angleterre !

En conclusion de ce premier article initiatique mais tellement enrichissant personnellement, les détracteurs du catch sont souvent mal renseignés sur tout ce qu’il peut nous enseigner tant socialement et historiquement que culturellement.

Encore que cet article fut assez général, il y a tellement à montrer sur ce prisme social, sur la façon dont il est conçu à travers les continents et les cultures…. En espérant que vous ayez apprécié.

  1. 17 décembre 2011 a 11 h 38 min
    Par BehY

    Le catch n’est pas un sport. Les combats sont arrangés, il n’y a pas de compétition, la fédération est en fait l’entreprise qui embauche tout le monde…
    C’est au sport ce que le fait divers est au théatre. C’est une spectacle qui mime une compétition sportive, organisant savamment les intrigues et le déroulement des matchs dans des arcs narratifs se terminant/trouvant leur apogée dans des pay-per-view lucratifs.
    La lutte par contre , ça c’est un sport. Mais en anglais, le catch et la lutte sont désignés par un même mot “wrestling”, d’où la confusion.
    Et le fait que ce ne soit pas un sport n’enlève en rien sa popularité.

    • avatar
      17 décembre 2011 a 14 h 12 min

      C’est un sport en tant que tel, toutes les recherches que j’ai pu faire à ce sujet montre que c’est un sport et le qualifie en tant que tel.

      Il est adossé au qualificatif de spectacle car il y a une histoire développée derrière, des intrigues, etc. Le fait que ce soit truqué, le spectateur le sait, ce ne sont pas des vrais coup qui sont portés (enfin… ça dépend, les coups de chaises sont réels mais placés de tel sorte que l’adversaire n’est pas mal).

      Ceux qui y participent sont des gymnastes et ont une formation de lutte ou de sport MMA.

      Le fait qu’il soit concentré dans des entreprises internationales, nationales ou locales change pas le fait qu’il soit un sport. Idem pour les pay per view, la coupe du Monde est un per per view pourtant accessible à tout le monde, idem pour le superbowl ou d’autres compétitions centralisatrices.

      Tout dépend par contre, je te l’accorde ce que l’on définit comme sport ou non (quasi jeu, quasi jeu sportif, etc).

  2. avatar
    17 décembre 2011 a 14 h 32 min

    L’éternel débat de savoir si le catch est un sport ou pas. J’aurais tendance à dire que c’est un “sport spectacle”. Mais pour moi, dès qu’un athlète rentre dans un système de préparation physique, de conditionnement, de matches rythmés, on approche du mot “sport”.

    Il ne faut pas croire que le catch est rempli d’arrivistes. Pour avoir vu quelques documentaires, les jeunes catcheurs apprennent tout d’abord les chutes, de tomber à plat etc. Il y a des bases, des fondamentaux à travailler avant de sortir des Tornado DDT ou autre “high risk move”. Cela prend des années…

    Donc oui même si l’ensemble est scénarisé, on a bel et bien des athlètes devant nous. Est-ce suffisant pour en faire un sport ? Ma réponse est oui.

  3. avatar
    17 décembre 2011 a 19 h 11 min

    Le fait qu’il n’y ait pas d’incertitude de résultat permet de classer le catch comme un divertissement sportif et non un sport, non ? cela n’enlève rien aux performances sportives des catcheurs.

    D’ailleurs, je suis surpris du “toutes les recherches que j’ai pu faire à ce sujet montre que c’est un sport et le qualifie en tant que tel.” puisqu’avec une recherche rapide le catch est lié au ministère de la culture et non du sport en France, qu’il n’y a pas de fédération sportive, et qu’il n’est pas mis sous l’égide du CIO, tout simplement car le catch est une mise en scène d’un combat scénarisé. Ce sont des spectacles, jamais des compétitions.

    Mais que cela n’enlève rien au fait que les catcheurs sont de grands sportifs, mais je ne comprends pas cette volonté entêté de le voir comme sport alors qu’il s’agit d’un divertissement (certes sportif) .

    PS : oui bon, je sais, je vais me faire ramasser par les pro-catch, mon propos n’étant pas de dénigrer le catch, loin de là, mais de définir le sport.

    • avatar
      17 décembre 2011 a 19 h 35 min

      Il y a une incertitude, elle est jouée, sinon, si le spectateur savait vraiment à l’avance qui gagnait ou qui perdait, il ne viendrait pas voir la représentation. Je suis d’accord avec toi sur le fait qu’il n’y a pas de pari sportif dedans (sauf pour les pronostics ppv dans les forums qu’ils soient américains ou français).

      Pourtant, les matchs sont disséqués par des journalistes (Dave Metzer), des fans ou des amateurs qui en relève la psychologie, le match en tant que tel, etc, un facteur de paramètre, comme un “vrai” sport”.

      Comme l’a dit make it love, les lutteurs sont des athlètes qui s’entrainent et qui exécute des mouvements bien sûr coordonnées et millimétrées mais qui nécessite d’user de ton physique, le catch est aussi physique qu’un autre sport voire plus que certains.

      Pour toi alors le golf n’est pas un sport ? Pourtant il est considéré comme tel et était aux JO avant d’être retiré, le fait qu’il ne soit pas aux JO ne fait pas de lui un “paria” loin de là. La lutte olympique quant à elle est beaucoup plus réglée, stricte, conventionnée et c’est une des raisons pour lesquelles elle ne touche plus qu’un public élitiste (et amateur) aujourd’hui.

      Tu ne le dénigres pas en disant que ce n’est pas un sport, après tout, c’est ton avis et ton avis et à respecter. PS: Toutes mes recherches, tout les livres consultés en parle comme un “sport spectacle”.

      • avatar
        17 décembre 2011 a 23 h 28 min

        Bonsoir Srebeniza.

        Sur le concept “sport-spectacle” pour parler du catch, je suis d’accord, je réduisais le champ sur la notion de “sport”.

        Le golf est un sport où l’aspect physique est moins prépondérant, cela en revanche n’a aucune incidence sur ce qui définit le sport en tant que tel dont l’imprévisibilité du résultat, cela ne reste que de la marche et des mouvements brusques ou délicats du bassin, cependant tu m’aurais parlé des échecs/bridge, on aurait pu trouver un terrain d’entente, pas sur le golf. Il n’y a pas que le physique dans le sport (tir à l’arc, billard).

        Je dis et redis que les catcheurs sont de grands sportifs ne pratiquant pas un sport mais un “sport-spectacle” basé non pas sur un résultat hasardeux mais sur un scénario ficelé (avec plus ou moins de liberté en fonction de la règlementation).

        En gros, les catcheurs pratiquent des activités physiques dans l’objectif d’une performance dans un sport spectacle.

        PS : on va au theatre ou au ciné en devinant la fin, cela n’empeche pas le monde d’y venir, le souci est de surprendre le public, tout comme le catch le fait.

        PS bis : le golf refait son retour aux JO en 2018.

  4. avatar
    18 décembre 2011 a 14 h 25 min

    Étant un grand amateur d’échecs et joueur régulier, j’ai du mal à ne pas le considérer comme un sport, mais c’est vrai qu’il n’est pas physique mais simplement cérébral.

    En fait je me fiais à la définition de Parlebas, et j’aurais du voir si quelqu’un d’autre, ayant travaillé sur le même sujet de sémiologie aurait eu la même approche ou une approche discordante.

    Je rejoins ce que tu as dis et j’aurais du utiliser la formulation de “sport spectacle ” et non sport tout court. Au moins, ce point particulier de mon article suscite le débat ancestral ^^

    Le catch, du moins ce que j’en ai perçu à un “avantage comparatif” (cf. Ricardo) vis à vis du théâtre et du cinéma, c’est qu’il fonctionne comme une série télévisée (comme Dallas ou Les feux de l’Amour) où une trame commence et quant elle se termine cède la place à une autre avec des allers retours possible et je dirais presque infini.

  5. 18 décembre 2011 a 15 h 14 min
    Par Lilian

    Certains commentaires, en partie stériles, ne sont aucunement critiques de l’article (peut-être la faute à ta conclusion ?)
    On refait simplement le procès du catch pour la énième fois, procès qui n’a pas lieu d’être puisque la lutte professionnelle est autant sport que spectacle, comme rappelé par Srebreniza.

    Pour revenir au sujet, le catch est à l’instar de la lutte, de la danse ou du judo, un sport culturel. Il se développe donc au sein même des peuples qui l’affectionnent, mais ne s’étend véritablement de façon mondiale que par effet de mode.

    Le Rugby ou le football américain sont tout autant limité que le catch par des règles parfois complexes, et donc peu accessibles, et ne pourra jamais prétendre avoir la même portée sur la scène mondiale que la boxe anglaise, le football, et peut-être bientôt les arts martiaux mixtes.

    Moins il y a de contraintes, plus il y a de pratiquants, le sport étant avant tout un défouloir pour ses pratiquants.

    Qui plus est, son avenir actuel paraît limité par les baisses constantes de taux d’audience à la télévision américaine.

    Une bien belle chronique cependant, une nouvelle fois ai-je envie de dire.

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Étudiant en histoire passionné de sport et d'écriture. Philosophe et essayiste à ces heures perdues.

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