JO de Londres, éloge du règlement contourné ?
Si le CIO s’est épargné lors de ces jeux un scandale à la Ben Johnson –sprinteur canadien déchu du 100m à Séoul en 1988 au profit pour contrôle positif aux anabolisants-, il a quand même eu droit à une affaire embarrassante en deux volets. La mauvaise morale de ces jeux, c’est que selon que l’on joue de la raquette ou du guidon, adopter des comportements à la limite de la moralité en compétition n’a pas du tout les mêmes répercussions disciplinaires. Tentative de décryptage
Une fois tournée la page de ces beaux jeux olympiques, revenons un instant sur ce qui fut le point négatif de ceux-ci : la triche. Ou plutôt, et c’est bien là le problème, les règles dévoyées mais non transgressées formellement dans le but de gagner. Deux sports ont été touchés, le Badminton en double féminin et la vitesse par équipe en cyclisme sur piste. Ce qui frappe, c’est avant tout la différence de traitement sur les deux affaires.
Rappel des faits : en phases de poules du tournoi féminin de Badminton en double, quatre paires de joueuses -deux sud coréennes, une chinoise et une indonésienne- perdent volontairement une rencontre pour s’assurer un tableau plus facile en phase finale. La sanction ne se fait pas attendre, les joueuses incriminées sont renvoyées à la maison séance tenante.
La suite est plus surprenante : lors des qualifications du tournoi de vitesse par équipes, Philip Hindes, démarreur du l’équipe britannique, chute après seulement quelques mètres. La chute est grotesque, et Hindes lui-même ne cherche pas à mentir. Sa chute est volontaire. Elle est la conséquence d’un stratagème savamment préparé à l’avance qui consiste à tomber volontairement en cas de départ manqué dans le but de profiter du deuxième départ accordé aux concurrents ayant chuté. La suite sera simplement grotesque. Les officiels de la fédération britannique de cyclisme se défendant n’importe comment en prétendant que Hindes ayant passé quasiment toute sa vie en Allemagne –mais né d’un père Britannique d’où sa sélection en équipe nationale- maîtrise mal la langue. Dans la conférence de presse qui suivra Hindes lui-même changera sa version du tout au tout, prétendant avoir été déséquilibré, ce qui ne trompera personne. Il ne sera pas sanctionné et la Grande-Bretagne gagnera devant la France ce tournoi de vitesse.
Deux cas, et deux situations diamétralement opposées : d’un côté la sanction suprême, de l’autre, la clémence, pour ne pas dire l’indifférence des autorités.
Au fond, quelle est la faute de ces sportifs ? Avoir utilisé les subtilités et les failles d’un règlement mal pensé ? N’importe quel ingénieur aérodynamicien de formule 1 passe ses saisons à essayer de faire ça. En avoir gardé « sous la pédale » lors d’une étape intermédiaire d’une compétition pour tout donner au moment du dénouement final ? Autant sanctionner un maillot jaune du tour de France qui laisse filer lors d’une étape de transition un anonyme qui ne le menace pas au général, ou un entraîneur de top 14 qui fait tourner son effectif en vue des phases finales une fois la qualification acquise. Au fond, la triche est-elle seulement limitée au non respect des règles ou aussi au non respect de l’esprit de celles-ci. On parle de vainqueurs moraux pour des sportifs perdant faute de chance après avoir mérité de gagner, on ne parle pourtant jamais de vainqueurs immoraux pour des sportifs ayant simplement retourné à leur avantage des règles mal rédigées.
Ces comportements que l’on peut considérer comme contraires à la morale sportive ont quelque part été générés par des règlements basés l’un, sur le fait qu’on ne joue pas un match dans le but de le perdre, l’autre, sur le fait qu’on ne fait pas de cyclisme dans l’objectif de finir les quatre fers en l’air. D’où la différence dans les sanctions : les dirigeants du Badminton ayant privilégié la morale –même si elle n’est pas exprimée de manière formelle- à l’opposé de dirigeants de l’UCI qui ont préféré appliquer le principe du « tout le règlement, mais rien que le règlement ».
Il est donc temps pour les instances sportives d’apprendre à légiférer comme des gouvernements de manière à prévoir autant que possible les cas limites de chaque règle sur lesquels les athlètes vont toujours essayer de s’appuyer pour essayer de gagner. Pour, enfin, faire cesser ces controverses lors des grandes compétitions.








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