JO – Partie 3 : L’organisation

Troisième et dernière partie du bilan grand format des JO, qui revient sur l'organisation et le déroulement de la quinzaine londonienne

Une organisation générale de qualité

Ces Jeux Olympiques sont, du point de vue de l’organisation, une franche réussite. Après le sentiment d’injustice qui nous a habités lorsque les Jeux Olympiques ont été attribués à Londres, nous étions nombreux à attendre beaucoup des Britanniques et à aiguiser les couteaux pour relever les défauts. Grâce à un budget victime d’une importante inflation et à une science reconnue de l’organisation et de la discipline, les Britanniques ont réussi un sans-faute malgré des impondérables de dernière minute très préjudiciables : on pense ainsi aux déboires de la société privée chargée de la sécurité et qui a dû être remplacée au pied levé par des dizaines de milliers de soldats britanniques.

D’abord, nous avons pu constater que les enceintes, salles et structures où se sont déroulées les épreuves étaient parfaites : esthétiquement correctes (ce qui n’est pas toujours gagné pour des Britanniques) si l’on occulte la tour métallique offerte par Lakshmi Mittal qui trône au milieu du Parc Olympique de Stratford, les enceintes étaient fonctionnelles et de taille idoine. Le Parc Olympique ou le hangar d’Excel ont su optimiser l’espace pour offrir deux centres névralgiques bien pensés et bien desservis. D’autres sites, en plein cœur de Londres, ont réussi la prouesse d’allier dimension pratique et dimension esthétique à l’instar de la Horse Guard Parade où se sont déroulées les épreuves de Beach Volley : au cœur de Saint James Park, entre Buckingham Palace, Trafalguar Square, Downing Street, House of Parliament et Big Ben avec un panorama à 360° sur chacun de ces superbes sites.

En outre, la gestion du logement, de la circulation en ville et des transports en commun était parfaite. Aucune vraie congestion constatée dans le métro et dans les bus pour desservir des sites drainant parfois des centaines de milliers de personnes en quelques heures : Stratford et Excel. Tous les dix mètres sur les sites et en ville, nous pouvions trouver des volontaires accueillants, disponibles et bien renseignés. Une vraie armée de volontaires, comme nous en avions rarement rencontrée. La fluidité à l’entrée de chaque site pour le contrôle des billets et la fouille des sacs nous a impressionnés : aucun temps d’attente là où nous patientons longuement dans les aéroports. Une fluidité qui n’a en rien été synonyme de laxisme, aucun incident n’étant à signaler. Par ailleurs, afin d’éviter que les athlètes ou les personnes ayant d’importantes responsabilités durant ces Jeux Olympiques n’aient pas de retard dû à la circulation, souvent complexe à Londres, ont été réservées aux véhicules accréditées des voies spéciales. Elles ont été respectées même lorsque les voies parallèles étaient congestionnées.
De surcroît, il est à noter que malgré les prix très lourds des places les enceintes étaient pleines. Même les épreuves de série des disciplines méconnues ou peu populaires ont fait salle comble. Ainsi en était-il des matchs de poule de Beach Volley par exemple, à 60 euros les quatre matchs ou des deux matchs de handball Islande-Tunisie puis Hongrie-Corée du Sud à 70 euros. Surtout, c’est un public respectueux, intéressé voire passionné et connaisseur qui a assisté à toutes ces épreuves. A certains moments, l’ambiance était absolument étourdissante ; à commencer par les courses des athlètes britanniques : nous avons cru devenir sourds dans un Aquacenter rugissant, nous avons été emportés par la vague assourdissante du Stade Olympique… Même le bassin d’aviron à Eton a été le théâtre de manifestations de joie bruyantes de la part du public. Ce succès populaire a constitué un facteur clé de réussite de ces Jeux Olympiques.
Pour conclure ces quelques développements, il est nécessaire de saluer le travail du CNOSF non seulement dans l’accueil des Français (à commencer par les anciens athlètes venus soutenir la relève) mais surtout dans la gestion du Club France. Pour la première fois celui-ci était ouvert au public. Quelle réussite. Une ambiance exceptionnelle toute la journée, des animations se succédant aux retransmissions des exploits de nos athlètes. Le cadre était simplement superbe : sur la Tamise, au pied de la Tour de Londres et du Tower Bridge. Athlètes, journalistes et amateurs s’y sont côtoyés dans une ambiance exceptionnelle. Nous y avons passé des journées et des soirées inoubliables et tenons à en féliciter les instigateurs.

Des polémiques dispensables

Derrière ces émotions et ces réussites notables, il est aussi des événements et polémiques dont nous nous serions bien passés. A commencer par le dopage qui a touché un certain nombre d’athlètes dont l’ancien champion olympique du 50km marche Alex Schwazer, la nouvelle championne olympique de lancer du poids Nadzeya Ostapchuk et des Français comme Hassan Hirt et Nordine Ghezzar. On peut aussi regretter que des tricheurs comme Justin Gatlin ou Alexandre Vinokourov aient pu briller (surtout pour le second) lors de la célébration du sport amateur que constituent les Jeux Olympiques. Si nous pensons que chacun a droit à une seconde chance, nous pensons que ceux qui ont été convaincus de dopage ne devraient, en revanche, pas avoir leur place aux Jeux Olympiques. Et cela pour deux raisons : d’une part car ils ont sali un sport dont les Jeux Olympiques sont la célébration, d’autre part parce que les perpétuels soupçons qui les accompagnent douchent la magie de ces deux semaines de sport. Nous nous abstiendrons en revanche d’alimenter les polémiques sur les cyclistes britanniques (route et piste) ou sur les nageuses chinoises, tout ceci n’étant fondé que sur des supputations peu argumentées.

Nous regrettons aussi les polémiques sur les atteintes à l’esprit olympique tel que présenté dans le serment prononcé par les athlètes lors de la cérémonie d’ouverture. Nous parlons ici de l’affaire des joueuses de badminton, de l’attitude de l’équipe d’Espagne de basket contre le Brésil, de l’exclusion puis réintégration de Taoufik Makhloufi, de la chute volontaire et reconnue de Philip Hindes, des abandons prématurés des pistards lors de l’épreuve de course en ligne, de la casse matérielle si rapidement réparée par les rameurs britanniques… Il aurait fallu déterminer les règles en amont pour que chacun sache à quoi s’attendre. Que les positions des instances responsables soient extrémistes, nous pouvons l’accepter. Mais ce que nous ne pouvons comprendre, c’est d’une part que ces règles naissent soudainement sans avertissement et d’autre part qu’elles frappent les athlètes de façon variable et inégale sans aucune cohérence. Vous trouverez à ce sujet notre avis exprimé lors de l’exclusion de Taoufik Makhloufi.

Dans le même ordre d’idée, nous avons peu goûté les petits arrangements britanniques pour faire croître toujours plus une moisson de médailles déjà impressionnante. Que ce soit l’utilisation inopportune du règlement par les pistards ou par les rameurs, que ce soit les décisions inacceptables des juges lors des combats de boxe impliquant des athlètes britanniques ou que ce soit encore le cas de ce plongeur autorisé à recommencer un saut raté au motif que les flashs des photographes l’ont perturbé, les décisions sont souvent allées au-delà de la raison et de l’équité sportive. Tout cela ternit la prestation d’ensemble exceptionnelle de la délégation britannique emmenée par des athlètes de talent, de gentillesse et d’humilité comme Jessica Ennis ou Chris Hoy.

Nous en venons donc à l’étude des questions d’arbitrage qui ont souvent gâché la fête. Prenons à ce sujet les polémiques que nous avons le plus suivies : celles concernant Alexis Vastine, Yohann Diniz et Melonin Noumonvi. Le premier, quatre ans après la mascarade de Pékin, a de nouveau été victime d’un arbitrage douteux qui a surpris autant les spécialistes que l’adversaire même du Français. L’arbitrage de la boxe amateure, qui n’existe médiatiquement qu’une fois tous les quatre ans, est à revoir pour éviter les immixtions de questions politiques ou financières (paris illégaux ?). Concernant Yohann Diniz éliminé plusieurs heures après l’infraction reprochée, nous pouvons nous interroger sur l’opportunité d’une telle décision. Et ce d’autant plus qu’il n’était question que d’un ravitaillement légèrement hors zone mais sans influence sur la course. Certains oublient donc rapidement l’importance du rêve olympique pour des athlètes qui se sacrifient durant quatre années pour cette échéance. Le dernier exemple de polémique sur l’arbitrage qui a entaché ces Jeux Olympiques est celui de la lutte gréco-romaine à propos du quart de finale de Melonin Noumonvi déclaré vainqueur puis finalement vaincu après une série de recours et de gesticulations de l’encadrement adverse auprès des arbitres. Nous nous serions bien passés de toutes ces polémiques manifestement fondées.

Enfin nous achèverons cette rétrospective par un coup de gueule assumé. Les Jeux Olympiques sont avant tout la fête du sport, la célébration de l’amateurisme et l’occasion de médiatiser des sports méconnus. Il s’agit d’attirer la jeunesse vers la pratique de sports passionnants mais qui méritent davantage d’exposition. Malheureusement, ce bel esprit a souvent été piétiné par des considérations commerciales et économiques. Nous songeons ici aux règles sévères posées par les autorités concernant l’utilisation des réseaux sociaux, les questions de propriété intellectuelle, la place majeure accordée aux sponsors sélectionnés… Tout ceci a pris des proportions extrêmes qui ont terni l’innocence et la fraîcheur d’une olympiade censée se concentrer sur le facteur émerveillement du sport de haut niveau.

Place désormais aux Jeux Paralympiques.

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Grand amateur de rugby (Auch, Stade Français), de handball et de football (PSG, Real).

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