Chavanel peut-il décrocher une médaille ?

Sylvain Chavanel sera le seul représentant français au départ du contre-la-montre des Jeux Olympiques, demain. Une fois n'est pas coutume dans cette discipline demeurant le parent pauvre du cyclisme français, ce sera avec de réelles chances de médaille.

Ils seront trente-huit tout à l’heure sur la rampe de départ pour succéder à Fabian Cancellara, au palmarès du contre-la-montre des Jeux Olympiques. Si le local Bradley Wiggins, favori légitime après ses récentes performances sur le Tour de France, focalisera l’essentiel de l’attention des Britanniques, côté français c’est Sylvain Chavanel, très performant dans l’effort solitaire cette saison, qui sera attendu.

Des performances très régulières contre-la-montre cette année

Sylvain Chavanel a depuis toujours obtenu des résultats honorables en contre-la-montre, comme en témoigne ses quatre titres de champion de France remportés dans la discipline. Mais il était plus en retrait dans cette épreuve depuis deux ans. La faute notamment à une hernie discale, qui l’handicapait pour trouver une bonne position sur son vélo, et le faisait souffrir du dos de façon récurrente. Débarrassé de ce mal grâce à une opération subie en novembre dernier, le coureur de Châtelleraut affichait dès le début de saison son ambition de retrouver un très bon niveau dans le contre-la-montre, épreuve qu’il a toujours apprécié. Force est de constater que ce n’était pas des paroles en l’air.

Plus qu’améliorer son niveau, le coureur d’Omega-Pharma Quickstep a réellement pris une autre dimension cette saison dans l’effort solitaire. Il a retrouvé son titre de champion de France après trois ans de disette, et remporté le contre-la-montre des Trois Jours de la Panne (lui permettant de remporter par la même occasion le classement général de l’épreuve). Surtout, il a été très régulier dans la discipline, ne sortant qu’à une seule reprise du Top 10, lors du chrono en côte du col d’Eze, sur Paris-Nice. Sa 3ème place sur le prologue du dernier Tour de France, sa 5ème sur le contre-la-montre de Besançon, toujours sur la Grande Boucle, et sa 5ème place sur celui du Critérium du Dauphiné Libéré, autour de Bourg-en-Bresse, ont prouvé qu’il était en mesure de rivaliser avec les cadors de la discipline. Ces trois performances, réalisées alors que le plateau était très relevé, le positionne clairement comme un outsider pour l’épreuve à venir.

Des cadors moins dominateurs cette année

Les possibilités d’obtenir une médaille sont d’autant plus grandes pour Chavanel, que le temps où Fabian Cancellara, Tony Martin et Bradley Wiggins, ne laissaient que des miettes à leurs adversaires est révolu. Si le Britannique a été intouchable dans la discipline (six contre-la-montre gagnés, jamais moins bien classé que 2ème), le Suisse et l’Allemand ont clairement baissé de régime, handicapés notamment par de graves blessures. S’ils ont chacun remporté deux épreuves chronométrés, ils se sont inclinés plus qu’à l’habitude, parfois même face à des adversaires pas forcément spécialistes de la discipline (Kessiakoff devançant Cancellara sur le contre-la-montre du Tour de Suisse, Martin battu par Samuel Sanchez sur celui du Tour du Pays-Basque).

De plus, le tenant du titre suisse, qui semblait revenir en forme lors du dernier Tour de France, a chuté lourdement lors de l’épreuve en ligne samedi, et il n’est pas sûr qu’il soit à 100%. Dès lors, derrière Wiggins, qui devrait normalement s’imposer s’il a bien récupéré de sa Grande Boucle, les deux dernières places sur le podium devraient donner lieu à une lutte assez ouverte. Le taulier de l’équipe de France sera aux prises, avec Cancellara, Martin, mais aussi Michael Rogers, Luis-Leon Sanchez, Christopher Froome, Bert Grabsch et autres Edvald Boasson Hagen ou Gustav Larsson pour monter sur le podium. Certes, c’est loin d’être joué d’avance. Mais cela fait bien longtemps que l’on n’a pas vu un cycliste français aussi bien placé pour briller dans une épreuve chronométrée de niveau international.

Une inconnue : son état de forme

Une incertitude demeure cependant et elle concerne l’état de forme du représentant français. Très en vue en début de Tour de France (3ème du prologue, 5ème du premier contre-la-montre, et très offensif sur les étapes casse-pattes de la première semaine), il était à un très bon niveau de forme. Mais souffrant d’une bronchite lors de la deuxième semaine, il a dû quitter la route du Tour lors de la 15ème étape entre Samatan et Pau. Un vrai coup d’arrêt pour celui qui pensait démontrer sa bonne condition et marquer les esprits lors du contre-la-montre final à Chartres. Depuis il a stoppé le vélo une semaine, repris l’entraînement et participé à la course en ligne, dont il est difficile de tirer des enseignements. En mesure de se glisser en costaud dans l’échappée victorieuse, il n’a pas eu les jambes pour peser réellement dans le final.

Sentiment mitigé résumé par l’intéressé lui-même au micro de France Télévisions à sa descente de vélo : « Par rapport à ce que j’ai connu la semaine dernière, je retrouve mes sensations, mais je n’étais pas super non plus. J’ai pris la bonne échappée mais je n’avais pas les jambes pour suivre les gars comme Vinkourov dans le final. » Deux scénarios semblent donc possibles. Un positif, dans lequel l’ancien leader de Cofidis, bénéficie de la fraîcheur que son abandon sur la Grande Boucle lui a permis de conserver, contrairement à ses adversaires émoussés par trois semaines de course compliquées. Un négatif aussi, dans lequel les 250 kilomètres de la course en ligne n’ont pas suffi à lui faire retrouver ses jambes de début juillet, et où son manque de rythme l’empêche de rivaliser avec les meilleurs.

Deux éléments permettent néanmoins d’y croire. D’abord Chavanel est un coureur capable d’arriver rapidement à un bon niveau de forme, comme en témoigne ses performances chronométrées lors du dernier Critérium du Dauphiné, qui était censé constituer pour lui une course de reprise et de simple préparation. Ensuite, en confiance au vu des performances réalisées cette année, il arrive sur le contre-la-montre totalement décomplexé et plein d’ambitions. « Sylvain a les crocs. Je sais qu’un podium est dans ses cordes », confiait hier Isabelle Gautheron, directrice technique nationale à la Fédération Française de Cyclisme, au site velo101.com. Longtemps réticent à participer à l’évènement, Chavanel semble avoir été gagné par l’esprit olympique. Et de l’esprit olympique au rêve olympique, il n’y a souvent qu’un pas.

Sylvain Chanzy

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Ancien footeux et demi-fondeur, je suis un sport addict spécialiste de cyclisme, football, athlétisme, sports d'hiver, voire de tennis et handball à mes heures perdues. Aspirant journaliste depuis tout jeune, j'aime faire partager ma passion, mes analyses, et ma vision des évènements sportifs.

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