JO – Partie 2 : Les français

Seconde partie du bilan grand format de ces Jeux Olympiques de Londres, cette fois du point de vue exclusivement tricolore

Les Français qui nous ont fait vibrer

Champion olympique à Sydney et à Athènes, il est nommé porte-drapeau en 2008 à Pékin. Déçu de sa contre-performance chinoise, malmené par une concurrence rajeunie au niveau international, Tony Estanguet est allé chercher dans les ultimes instants sa qualification aux dépens de l’étoile montante Denis Gargaud. C’est donc revanchard mais aussi conscient de sa responsabilité que Tony Estanguet a livré une manche exceptionnelle de courage et de maîtrise dans le bassin londonien pour aller conquérir un troisième titre olympique dans trois tournois différents, une performance unique pour un champion hors norme. Nous sommes heureux de l’imaginer futur représentant des athlètes au Comité International Olympique (son élection a été suspendue suite au dépôt d’une réclamation par le comité japonais) tant il a montré son attachement au sport français en allant soutenir durant dix jours les autres athlètes français et sa disponibilité naturelle pour les passionnés de sport qui ont eu le privilège de le rencontrer au Club France ou sur les sites.

Elle n’a pas rapporté de médaille cette fois-ci (pour 5 médailles lors des tournois olympiques précédents). Elle tire même sa référence alors que l’escrime français, meilleur pourvoyeur de médailles pour la France dans l’histoire des Jeux Olympiques (115 médailles, soit 15% des médailles françaises), connaît la crise. Pourtant, nous avons vibré et avons été touché par Laura Flessel-Colovic lors de son dernier combat. L’impitoyable et insatiable guerrière a retiré son masque. Elle a laissé poindre un visage simple, timide voir gêné d’être au bord des larmes et nous avons ressenti beaucoup de fierté d’avoir vu combattre cette championne. Il est rare de croiser de telles personnes et c’est donc avec émotion que nous avons vécu son dernier combat et ses adieux.

Teddy Riner accaparait une grande partie de l’attention et les plus grands espoirs d’or. Durant les jours précédents, le judo français avait déjà glané quatre médailles, mais toutes de bronze. Toutefois, s’il en est une qui n’avait rien à envier à Teddy Riner, c’est Lucie Décosse. Avant d’aborder le seul titre qui lui manquait, nous avons senti en elle la certitude qu’elle irait au bout. Sagement, intelligemment, techniquement et physiquement, elle a construit sa victoire combat après combat. Elle était attendue par les amateurs de judo, au même titre que Gévrise Emane et Audrey Tcheumeo. Elle savait aussi que ce seraient probablement ses derniers Jeux Olympiques. Malgré tout, c’est avec une maîtrise étonnante qu’elle a construit une incontestable victoire dont il est indéniable que Teddy Riner a pu s’inspirer : prise de risques mesurés, asphyxie physique de l’adversaire… Une très grande championne dont la médaille nous a fait vibrer.

Laure Manaudou a brillé à Athènes. Alain Bernard a été légendaire à Pékin. Depuis lors, une très belle génération de nageurs est née et a commencé à s’imposer petit à petit dans les bassins mondiaux (surtout européens). Le réservoir est tellement large que la France des bassins a connu sa meilleure moisson olympique sans que ses derniers vainqueurs de titres européens et mondiaux ne brillent particulièrement : Laure Manaudou, Alain Bernard (en or, mais absent de la finale), Frédéric Bousquet, Camille Lacourt, Jérémy Stravius… Celui qui a surtout marqué nos esprits, c’est Yannick Agnel avec cinquante derniers mètres exceptionnels dans le relais 4×100 nage libre face à Ryan Lochte et avec une victoire écrasante sur le 200 mètres nage libre. Camille Muffat a aussi été superbe avec une médaille de chaque métal. Pour aller chercher la médaille de bronze en relais, elle n’a pas hésité à nager dès les séries et à sortir deux dernières longueurs stratosphériques pour permettre à nos nageuses d’atteindre la finale. Le titre olympique de Florent Manaudou semble être sorti d’une faille spatio-temporelle : excentré au couloir 2, dans une course éclair de 21,34 secondes, il a éclipsé l’invincible Cesar Cielo et l’exceptionnel Cullen Jones et a réalisé la meilleure performance de tous les temps sans combinaison. Un moment de pure folie qui a fait disjoncter Roxana Maracineau, qui a fait fondre Laure Manaudou en larmes et qui a permis à Alexandre Boyon de placer la phrase de ces Jeux : « Il a Laure autour du cou, il a l’or autour du cou ».

Lorsque de Björn Otto et Raphaël Holzdeppe ont franchi la barre à 5,91 mètres, battant leurs records personnels, et que Renaud Lavillenie a échoué à son premier essai, on a vraiment cru à la malédiction pour celui qui a aligné les victoires avec une incroyable constance depuis plusieurs années (l’exploit de Steeve Hooker mis à part). On a cru que les deux Allemands qui l’ont accompagné sur le podium des championnats d’Europe à Helsinki quelques semaines plus tôt allaient réussir à dépasser le maître. Alors que les Bahamas étaient sur le point de devenir champions olympiques du relais 4x400m masculin et que le Stade Olympique était en ébullition, Renaud Lavillenie s’est élancé pour sa dernière tentative à 5,97 mètres (après avoir fait l’impasse à 5,91 mètres et échoué une première fois à 5,97 mètres) : sa course a semblé retenue, mais il s’est élevé et a franchi avec marge et fluidité la barre dorée. A ce moment là, nous savions tous qu’il venait de conquérir le titre olympique, seize ans après Jean Galfione à Atlanta. Un moment de tension exceptionnelle après une semaine sans la moindre médaille d’or.

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Grand amateur de rugby (Auch, Stade Français), de handball et de football (PSG, Real).

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