La fascination du « Fastest man »

Alors que les spécialistes du 100 mètres sont entrés en action ce week-end, petit retour sur l'épreuve reine en athlétisme. Et plus précisément sur la passion universellement partagée pour « l'homme le plus rapide », à mi-chemin entre rêve et réalité…

Courir vite. Et même le plus vite. À l’image du plus grand rêve de l’homme (voler), être le plus rapide est une motivation qui anime chacun des sprinteurs, ceux qui s’entraînent d’arrache-pied chaque jour de l’année afin d’obtenir l’accessit suprême. Un accessit qui peut par ailleurs se matérialiser de différentes façons : record du monde, champion du monde, d’Europe, record olympique… Et si la reconnaissance n’est pas toujours la même, ce ticket pour la gloire aux formes diverses constitue néanmoins une mise en avant considérable. Qui, passionnés et autres spécialistes mis à part, connaissait le jeune Yohan Blake, acclamé pour son entrée en séries ce samedi, avant son titre mondial l’an dernier ? La discipline est ingrate : on ne retient que le haut du panier. Comme partout me direz-vous, c’est vrai. Mais je trouve ça particulièrement vrai en ce qui concerne le 100 mètres.

Et force est de constater également que homme et femme ne sont pas servis de la même façon. Si nous n’avons aujourd’hui aucun mal à considérer Usain Bolt, roi du sprint, comme une véritable icône mondiale, la reconnaissance est plus mesurée pour la championne olympique en titre de la discipline, la Jamaïcaine Shelly-Ann Fraser, ou même pour la championne du monde américaine Carmelita Jeter. Peut être que le record du monde détenu par l’Américaine Florence Griffith-Joyner (10’49s) depuis 1988 fait encore de l’ombre au 100 mètres féminin. Alors mesdames, vous savez ce qu’il vous reste à faire : faire tomber la marque mondiale qui tient depuis 24 ans pour retrouver la lumière… Facile à dire. Et clairement hypothétique, sans garantie. Voire impossible. Mais un grand coup de promotion ne pourrait de toute façon qu’attirer les regards.

Plus haut, j’ai parlé de « roi du sprint » pour qualifier le grand Jamaïcain aux jambes de girafe. L’emprise médiatique telle qu’elle existe aujourd’hui fait d’ailleurs passer ce qualificatif pour un pléonasme. Ses deux records du monde consécutifs plaide en sa faveur. Preuve, mine de rien, que certains accessits pèsent plus que d’autres… Sans s’appesantir là-dessus plus longtemps, voilà sans doute ce qu’il manque aux filles : un nouveau record du monde. C’est à ce prix que l’on pourra repenser le titre de « fastest man in the world » de manière plus égalitaire. Mais encore une fois, le contexte n’était pas le même en 1988, et des (gros) doutes persistent quant à la prise de produits dopants par Griffith-Joyner. Difficile de s’affranchir de ce boulet à la cheville du sprint féminin …

Après cette présentation sexuée mais que je pense importante de souligner, revenons-en à nous, modestes sportifs amateurs, qui vibrons comme des enfants en plein rêve au gré des performances « extraordinaires » de ces athlètes à la recherche du Graal olympique. Le 100 mètres a cela de mythique qu’il représente une situation que tous ou presque avons connu, à savoir courir le plus rapidement possible. Nos temps réalisés pendant nos cours de sport à l’école sur la distance étaient là pour montrer le fossé énorme qui nous séparait déjà des pointures professionnelles. Je ne dis en aucun cas que cet exemple est explicatif, mais reconnaissons tout de même qu’il nourrit inconsciemment une admiration plus ou moins bien dissimulée pour ces chausseurs de pointes à la vitesse de feu.

La médiatisation du 100 mètres masculin en est la résultante la plus significative à mon sens, comme en témoigne les milliards de téléspectateurs recensés pendant la finale olympique de la distance il y 4 ans dans le nid d’oiseau à Pékin, ou les 33 millions de personnes devant leur poste lors de la finale des championnats du monde un an plus tard à Berlin. C’est dire le potentiel médiatique d’Usain Bolt… Un autre chiffre publié en mai 2011 sur le site de la BBC faisait état de plus d’un million de demandes de billets pour assister à la finale du 100 mètres, qui aura lieu ce soir. Malheureusement, les informations quant au coût des billets restent vagues : de 20 à 725£ selon l’emplacement. Ce qui est sûr, c’est que le stade olympique de Londres aura fait le plein, dans tous les sens du terme.

10 secondes de bonheur intense. Voilà ce qui nous attend ce soir pour la finale de l’épreuve olympique la plus attendue. Peu mais beaucoup à la fois. Assez pour voir tomber le chrono du roi Bolt, pour voir la passation de pouvoir, peut-être un peu précocement annoncée, d’un Jamaïcain à un autre ? Je vous laisse faire vos pronostics en attendant le moment fatidique. Ce qui est sûr, c’est qu’aux alentours de 22 heures un homme sera au sommet de l’Olympe. Et continuera d’écrire le mythe du « fastest man ».

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Apprenti journaliste, étudiant en sciences politiques, Carnet Sport m'offre la possibilité de développer mes publications. Sympa

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