Les Jeux de Londres dans le rétroviseur

Fait historique dans l’histoire de l’olympisme, la ville de Londres accueillera pour la troisième fois une édition des Jeux d’été. Avant que ne débutent les premières compétitions, retour sur les précédents Jeux organisés en Grande-Bretagne, en 1908 et 1948.

Londres 1908 : Les Jeux des litiges

Attribués à la hâte en 1906 après le désistement de l’Italie pour cause d’éruption du Vésuve, cette 4ème édition des JO de l’ère moderne est encore en phase d’expérimentation. Jumelés avec l’Exposition Universelle (comme l’ont fait Paris et Saint Louis auparavant), ils s’étalent sur une durée de six mois, d’avril à octobre.

Comme lors des éditions précédentes, ces Jeux voient l’arrivée de nouveaux sports, tels que le football, le hockey sur gazon et le patinage artistique. Les femmes, très minoritaires – on en dénombre 37 sur 2008 athlètes représentant 22 nations – ne peuvent participer qu’au tir à l’arc, au tennis, au patinage artistique et à la voile.

Deux principales nouveautés marqueront l’histoire des Jeux Olympiques : l’instauration du défilé des athlètes derrière leurs drapeaux lors de la cérémonie d’ouverture et une modification de la distance du marathon, fixée à 42,195 km, correspondant au parcours reliant le château de Windsor à la loge royale dans le stade (la distance ne sera officielle qu’en 1924). Deux évènements qui subiront les foudres des athlètes et parfois de la presse.

Car ces Jeux sont avant tout ceux des litiges et polémiques en tous genres. A l’instar des éditions de 1896, 1900 et 1904, les épreuves sont placées sous la juridiction du pays organisateur. Et les officiels britanniques ne manquent pas d’abuser de leur pouvoir pour faire triompher le royaume. La colère gronde avant même le début de la compétition, lorsque la Suède et les Etats-Unis constatent que leurs drapeaux sont absents du stade. Oubli ou provocation ? En réponse à cet affront, la Suède boycotte le défilé tandis que le porte-drapeau Martin Sheridan refuse de baisser la bannière étoilée devant la tribune royale.

Les compétitions seront émaillées de réclamations, opposant régulièrement les Américains aux Britanniques. Certaines finales sont en effet sujettes à caution, comme celle des poids moyens, en boxe, qui voit la victoire du Britannique Douglas. Son adversaire américain conteste le résultat et pour cause : l’arbitre n’est autre que le père de Douglas ! Une tension permanente qui atteint son paroxysme lors de la finale du 400m. Le vainqueur américain Carpenter étant disqualifié pour avoir bousculé le Britannique Halswelle, il est décidé que la course doit être de nouveau disputée. Par solidarité, les compatriotes de Carpenter refusent de recourir et seul Wyndham Halswelle participe à cette seconde finale.

Comme tous les JO, ceux de Londres sont illuminés par les stars de l’époque. Cette année-là, l’incroyable épopée de Dorando Pietri le fait rentrer dans la légende olympique. Premier marathonien à pénétrer dans le stade, l’Italien, épuisé, est aidé de quelques officiels lors des derniers mètres. Sa victoire, contestée par l’Américain Hayes, lui sera retirée au profit de ce dernier. Une disqualification qui fera couler beaucoup d’encre car jugée inhumaine bien que conforme au règlement, mais qui vaudra à Pietri une renommée internationale. L’Italie recevra de la Reine Alexandra un trophée similaire à celui du vainqueur.

L’autre star, Ray Ewry, est elle oubliée de l’histoire olympique. Ses exploits ne sont pourtant pas minces : il remporte à Londres son troisième titre olympique au saut en hauteur et au saut en longueur, le tout sans élan. Egalement vainqueur du triple saut en 1900 et 1904, l’Américain est le spécialiste des exercices sans élan et possède l’un des plus beaux palmarès olympiques. Peu à peu ignorées des athlètes et des journalistes, ces épreuves furent finalement supprimées du programme olympique, Ray Ewry tombant par la même occasion dans l’oubli.

Si ces Jeux controversés seront les derniers à tomber sous la juridiction du pays organisateur, ils auront quand même été marqués par un esprit de sportivité. Qu’on en juge par la finale des poids moyens de lutte gréco-romaine, repoussée d’un jour par le Suédois Andersson, qui veut permettre à son compatriote et adversaire Martensson de récupérer d’une légère blessure. C’est également à Londres qu’une célèbre phrase, reprise plus tard par le baron Pierre de Coubertin, est prononcée par un évêque de Pennsylvanie : « L’important dans ces Olympiades, c’est moins d’y gagner que d’y prendre part ».

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