Les choses sérieuses commencent

Aujourd'hui ont lieu les quarts de finale du tournoi olympique de handball masculin. Huit équipes dans des dynamiques différentes et avec des chances inégales tenteront d'aller chercher le titre olympique. Tour d'horizon de l'état de forme et du potentiel affichés par les qualifiés au sortir de la phase de poules.

On la disait vieillissante et sur le déclin, la Croatie a fait taire les critiques en réalisant une phase de poules époustouflante, malgré un Ivano Balic transparent. Après avoir disposé facilement de la Corée du Sud et de la Serbie, l’équipe de Slavko Voluza a poursuivi sa marche en avant en surclassant la Hongrie. Mais ce sont surtout les deux derniers matchs de la phase de poules qui ont marqué les esprits. Les Croates ont d’abord donné une leçon de handball au champion d’Europe danois (32-21) en démontrant une grande force collective aussi bien offensive que défensive, avant de s’imposer facilement face à l’Espagne.

La Croatie marque les esprits

Emmenée par un Ivan Cupic brillant (déjà auteur de 33 buts), suppléé par le trio hambourgeois Igor Vori, Blazenko Lackovic et Domegoj Duvnjak (24 passes décisives au compteur), et le régulier Mirko Alilovic dans le but, la Croatie a survolé un groupe pourtant difficile. Ce faisant, elle s’est offert un quart de finale aisé face à la vaillante mais limitée équipe de Tunisie.

A-t-elle donné sa pleine mesure trop tôt dans la compétition ? La question peut se poser et elle n’est pas à l’abri d’une baisse de régime, d’autant plus que des équipes comme la France ou le Danemark sont programmées pour arriver au top lors des phases finales. Mais même un peu moins brillante, elle sera une prétendante très sérieuse au titre olympique. Si elle conserve un tel niveau de jeu, on voit mal qui pourrait venir lui barrer la route de l’or. Attention tout de même à une demi-finale qui sera piégeuse, puisque les Croates seront opposés à la France ou l’Espagne.

Mention bien pour le Danemark et l’Islande

Si la lourde défaite concédée face à la Croatie est venue ternir un début de compétition réussi, la copie d’ensemble est honorable côté danois. Les hommes d’Ulrik Wilbek n’ont pas réédité leur départ poussif du dernier championnat d’Europe, qui leur aurait valu un quart de finale compliqué face à la France ou l’Islande, et ont livré de belles prestations face à la Hongrie, l’Espagne et la Serbie. Emmenés par un Anders Eggert Jansen virevoltant (30 buts en cinq matchs), un Michael Knudsen qui a justifié sa sélection surprise, et un Mikkel Hansen altruiste (24 passes décisives), les Scandinaves se sont ouverts les portes d’un quart de finale abordable face au voisin suédois. Ils bénéficient d’un tableau favorable puisqu’en cas de victoire, ils seraient confrontés au vainqueur d’Islande-Hongrie et ne pourraient rencontrer la Croatie, la France et l’Espagne qu’en finale. Quand on sait que Mikkel Hansen, qui a tourné sur le premier tour à une moyenne de 4,8 buts par match, a pour habitude de régler la mire lors des phases finales, il y a fort à parier que l’on retrouvera cette équipe en finale dimanche prochain si ce n’est sur la plus haute marche du podium.

L’Islande, vice-championne olympique à Pékin a également joué les bons élèves, en terminant en tête du groupe A avec cinq victoires en autant de rencontres. Meilleure attaque de la compétition avec 167 buts, elle possède une base arrière de haut niveau, emmenée par le jeune espoir de Kiel Aron Palmarsson, auteur de 30 buts sur les cinq premiers matchs, l’ailier gauche renommé Gudjon Valur Stefansson (36 buts) et le vétéran de l’AG Copenhague Olafur Stefansonn. Si les larges victoires acquises face à l’Argentine, la Tunisie et la Grande-Bretagne n’ont pas grande signification, elle a remporté par la plus courte des marges les rencontres au sommet qui l’opposaient à la Suède mais surtout à la France. Ces deux performances la placent parmi les prétendants au titre olympique. Pour y parvenir, elle devra néanmoins passer l’obstacle d’un quart de final piégeux face à la rugueuse équipe de Hongrie, avant une demi-finale où elle pourrait croiser le Danemark. Un tableau compliqué donc mais en continuant de jouer à un tel niveau la formation nordique peut se permettre de rêver.

La France et l’Espagne dans l’incertitude

S’il y a un quart de finale qui sera scruté par la planète handball, c’est bien France-Espagne. D’abord parce qu’il renverra à la maison l’un des favoris à l’or olympique. Mais surtout parce que ces deux équipes ont quitté la phase de poules bardées d’incertitudes. La France, qui reste sur un Euro raté, cherchait des repères. La phase de poules ne l’a pas rassuré. Si elle s’est débarrassée facilement de l’Argentine, la Tunisie et la Grande-Bretagne, elle a déçu face à l’Islande, manquant de tranchant et de concentration dans le money-time, pour finalement s’incliner d’un but. Les Experts ont fait mieux face à la Suède, mais on ne sait pas vraiment dans quel état de forme ils se trouvent au vu de la faiblesse du groupe A. Surtout, ils sont confrontés aux défaillances de certains joueurs-clés, et notamment d’un côté droit en panne d’efficacité (seulement 7 buts pour Xavier Barachet, et un manque de réussite au tir pour Luc Abalo). Si Samuel Honrubia et Cédric Sorhaindo ont convaincu, si Nicolas Karabatic (21 buts et 25 passes décisives), Daniel Narcisse (23 buts) et Jérôme Fernandez (24 buts) semblent monter en puissance, il faudra véritablement que toute l’équipe tire dans le même sens pour passer l’obstacle espagnol.

Car même si le baromètre annonce la grisaille de l’autre côté des Pyrénées après deux défaites concédées face à la Croatie et au Danemark, l’Ibère sera rude. On ne sait d’ailleurs pas trop quoi penser de cette formation espagnole, qui a su, malgré la défaite, rivaliser avec le champion d’Europe danois avant de dominer plutôt facilement la Serbie et la Hongrie. C’est certainement le collectif le plus homogène de la compétition, et donc une équipe immunisée contre une ventuelle défaillance de ses joueurs majeurs. Ainsi a t’on vu lors de la première phase le gardien remplaçant Arpard Serbik remplaçer avec brio un José Hombrados en difficulté. Albert Rocas Comas, Daniel Sarmiento, Jorge Maqueda, Victor Tomas Gonzalez, Julen Aguinagalde ou Christian Ugalde ont su à tour de rôle prendre leurs responsabilités depuis le début de la compétition.

Les hommes de Claude Onesta, programmés pour arriver au top à partir des quarts de finale et faciles vainqueurs de l’Espagne 31-24 lors de l’Eurotournoi, disputé en préparation olympique, semblent partir avec un léger avantage. Mais l’obstacle espagnol sera compliqué à franchir et il s’agira de ne pas y laisser trop de force en vue d’une demi-finale qui s’annonce bouillante face à l’impressionnante équipe de Croatie.

La Hongrie, la Tunisie et la Suède n’auront rien à perdre

S’ils ne partent pas battus d’avance, les trois derniers quarts de finaliste seront contraints à l’exploit pour voir les demi-finales. La Tunisie a déjà atteint son objectif, au prix d’une victoire serrée acquise aux dépens de la séduisante mais encore trop naïve équipe d’Argentine. Elle n’a cependant pas su inquiéter les trois poids lourds du groupe A et semble trop faible pour rivaliser avec la Croatie.

Quadruple championne du monde et triple championne olympique, la Suède a perdu de son lustre d’antan. Si elle a fait illusion lors du championnat du monde 2011 à domicile, conclu à la quatrième place, elle n’a plus obtenu de médailles internationales depuis son dernier titre européen en 2002. On voit mal comment elle pourrait écarter une équipe du Danemark qui a inversé la hiérarchie scandinave, et aspire à devenir la nouvelle nation référence de la planète handball après son titre européen acquis en janvier dernier.

Parmi ces trois équipes, la Hongrie est peut-être celle qui est la plus à même de bousculer la hiérarchie. Quatrième des Jeux Olympiques d’Athènes, elle s’est régulièrement placée dans les huit meilleures nations mondiales ou européennes sur les compétitions internationales qui ont suivi. Surtout c’est une équipe qui monte, s’appuyant sur un championnat en pleine expansion, et un joueur de classe mondiale, l’arrière-droit de Barcelone Laszlo Nagy. Rugueuse, accrocheuse, elle est sortie d’un match couperet remporté sur le fil face à la Serbie, vice-championne d’Europe en titre (26-23) et n’aura rien à perdre face à l’Islande, à qui elle devrait poser beaucoup de problèmes.

  1. avatar
    10 août 2012 a 16 h 58 min

    Ce soir demi-finale… Vont-ils réussir à le faire à l’image de nos “braqueuses” hier soir ?
    C’est le mieux que je peux leur souhaiter !

    Au passage… Très bon article… Comme d’hab ;)

    • avatar
      10 août 2012 a 17 h 57 min

      La Croatie est vraiment très impressionnante mais on a retrouvé les experts contre l’Espagne avec un match de haut niveau comme ils en avaient pas fait depuis longtemps.

      Ds ts les cas ca sera certainement très tendu, rugueux et serré. C’est un peu comme un France-Italie en foot. Mais espérons une issue favorable!

      • avatar
        13 août 2012 a 8 h 27 min

        Et bien, nos Experts l’ont réalisé ! Ils sont CHAMPIONS OLYMPIQUES pour la 2ème fois consécutive ! Waouuuu, que c’est bon de finir les Jeux sur cette note ! :)

  2. avatar
    13 août 2012 a 12 h 46 min

    La perf est énorme. Leur parcours est extraordinaire surtout le quart et la demi contre la Croatie. Place à plus d’ouverture à la jeunesse mtn. En espérant que ce sera avec autant de succès.

    Au passage je constate à posteriori que j’étais loin du compte sur mon tour d’horizon.
    “Quadruple championne du monde et triple championne olympique, la Suède a perdu de son lustre d’antan. Si elle a fait illusion lors du championnat du monde 2011 à domicile, conclu à la quatrième place, elle n’a plus obtenu de médailles internationales depuis son dernier titre européen en 2002. On voit mal comment elle pourrait écarter une équipe du Danemark qui a inversé la hiérarchie scandinave, et aspire à devenir la nouvelle nation référence de la planète handball après son titre européen acquis en janvier dernier. ” VOILA QUI ETAIT UNE ANALYSE CLAIRVOYANTE!

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Ancien footeux et demi-fondeur, je suis un sport addict spécialiste de cyclisme, football, athlétisme, sports d'hiver, voire de tennis et handball à mes heures perdues. Aspirant journaliste depuis tout jeune, j'aime faire partager ma passion, mes analyses, et ma vision des évènements sportifs.

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