Bolt du lapin athénien à la lune de miel londonienne

Avec son triplé 100m, 200m, 4X100m à Londres, Usain Bolt est devenu le premier athlète de l'histoire à réaliser ce triplé deux olympiades de suite, et le premier sprinteur à remporter 6 titres olympiques sur les épreuves de vitesse. Des performances qui l'ont fait entrer dans la légende de son sport. Mais avant de réaliser un tel exploit, l'aventure olympique de Bolt a débuté par une grosse contre-performance à Athènes en 2004. Un échec fondateur qui l'a remis sur le droit chemin. Celui de la ruée vers l'or. Celui de la légende olympique

Usain Bolt et l’or olympique c’est une fabuleuse histoire d’amour. Une romance débutée en plein cœur d’une nuit d’août chinoise en 2008 et parachevée par une lune de miel londonienne. Une romance pour laquelle il a consenti tous les sacrifices, a su se dépasser, et repousser ses limites et celle de la discipline. Une romance qui l’a fait entrer dans la légende de son sport, l’a propulsé sur le toit du monde et de l’olympisme. Mais loin d’avoir toujours été si idyllique, la romance a d’abord échoué sur un rendez-vous manqué.

Athènes : le rendez-vous manqué

Le jeune Usain a 17 ans lorsqu’il part pour la première fois à la conquête de l’or et des lauriers (berceau de l’olympisme oblige) olympiques en 2004 à Athènes. Précoce, il n’a eu de cesse de progresser depuis qu’il a débuté l’athlétisme par hasard lors d’une kermesse organisée par la paroisse de sa ville 5 ans plus tôt. Plus jeune champion du monde junior de l’Histoire en 2002 alors qu’il n’a même pas 16 ans, recordman du monde cadet du 200m en 2003 en 20”13, un temps stratosphérique pour son âge, puis premier junior de l’histoire à descendre sous les 20” (19”93 en 2004 à 17 ans), il arrive dans la capitale grecque avec l’insouciance de la jeunesse, et les attentes de la Jamaïque sur les épaules.
Mais diminué par des douleurs à la cuisse, et certainement pas encore prêt à affronter l’épreuve olympique, le jeune Bolt n’est pas à l’heure au rendez-vous. Éliminé dès les séries du 200m en 21”05, un temps indigne de son talent (à plus d’1” de son record personnel), il rentre à la maison de façon précoce sans même avoir aperçu sa bien aimée. Pire, il devient la risée de ce pays de tout juste deux millions et demi d’habitants, qui vit au rythme de ses sprinteurs, de leurs exploits, mais qui ne leur pardonne pas souvent les échecs.

Des premiers flirts au baiser pékinois

Marqué par cette épreuve, c’est un Usain Bolt au 36ème dessous qui tape à la porte de Glen Mills. Il s’apprête à opérer un choix difficile, un pari risqué puisque celui qui entraîne à l’époque Dwain Chambers et Kim Collins n’est pas encore le technicien convoité qu’il est aujourd’hui. Mais c’est une décision salvatrice qui fera entrer Bolt dans une nouvelle dimension. Car le jeune Usain aurait pu se contenter d’une modeste carrière de top-sprinteur mondial, il aurait pu se contenter d’un chrono autour des 20”, et de bien vivre grâce aux primes généreuses distribuées aux sprinteurs par les organisateurs de meetings. Mais il n’est pas du genre à viser petit. Les grands défis le transcendent. Il veut conquérir celle que tout le monde convoite.
Alors au contact de Glen Mills il repart de plus belle, progresse encore et toujours, et bat le record de Jamaïque de Don Quarrie sur 200m en signant 19”75. Il échoue également, comme à Helsinki en 2005 où il n’est que dernier de la finale mondiale du 200m. Mais peu lui importe. C’est à Pékin en 2008 qu’il a rendez-vous pour conclure.
Mais il ne faut pas non plus laisser sa belle s’endormir. Alors il envoie des signaux. Les premiers dès 2007 quand il est sacré vice-champion du monde du 200m et du 4X100m. Mais c’est surtout en 2008, à l’approche de l’échéance qu’il guette depuis 4 ans, qu’il marque son territoire. Il signe le 31 mai à New-York le record du monde du 100m alors que c’est seulement la 5ème fois qu’il parcourt la distance.
Il arrive alors à Pékin plein de confiance, et fort des leçons tirées de son échec athénien. Cette fois-ci pas de lapin, il est infaillible sur la distance reine, prend le soin de savourer sa conquête en se relevant dans les 20 derniers mètres et laisse ses rivaux loin derrière. Il récidive sur 200m et en équipe sur le 4X100m. Et comme il est gentleman, il parfume même ses victoires de trois records du monde, histoire d’ajouter une pointe de romantisme. Usain Bolt est seul au monde, sa tant convoitée or olympique lui appartient. La romance peut commencer.

Fiançailles, tromperies et lune de miel

Fier de sa conquête Usain Bolt est sur un nuage. Toutes les occasions sont bonnes pour impressionner sa belle. En 2009, il enchaîne donc les chronos supersoniques, s’impose dans tous les meetings auxquels il participe. Et pas même un accident de la route subi au mois d’avril n’est en mesure de casser sa marche en avant. Il se présente aux championnats du monde de Berlin en tant que grand favori, porté par le sentiment d’invincibilité que lui donne cette romance. Il fait mieux qu’à Pékin, puisqu’en plus de réaliser un nouveau triplé, il pulvérise de 11 centièmes ses records du monde du 100m ou du 200m. Le monde n’a d’yeux que pour lui, sa belle n’a d’yeux que pour lui. Ils se fiancent. C’est l’âge d’or d’Usain Bolt.
Mais à l’âge d’or succède souvent une période de lassitude. Fatigué par les sacrifices consentis depuis 5 ans, démotivé par l’absence d’échéances excitantes à l’horizon, Usain Bolt se relâche. Son talent lui permet toujours d’enchaîner les victoires. Les chronos, eux, sont moins bons. Il est même battu par Tyson Gay à Stockhölm sur 100m. Du jamais vu depuis 14 courses sur la distance. Vexé, il décide de travailler ses points faibles notamment son départ, mais il ne possède plus la même marge sur une concurrence plus féroce qui lorgne sur ses plates-bandes. Il a fixé rendez-vous à sa belle en 2012 pour parachever leur union et le temps presse pour lui de retrouver son meilleur niveau.
A Daegu en 2011, il se fait peur. Éliminé sur faux-départ, il ne peut prendre part à la finale mondiale qui porte son camarade d’entraînement Yohann Blake dans le rôle de l’amant. Il se rattrape bien sur 200m conservant son titre acquis en 2009 à Berlin, tout comme sur le 4X100m. Mais ce n’est pas assez pour satisfaire sa belle qui habituée au caviar, goûte peu à la terrine coréenne que lui a concocté son homme. Elle le lui fait savoir par voix de presse interposée, les médias enterrant déjà le roi Usain. La romance est en danger.
C’est vite oublier que le garçon est l’homme des grandes compétitions. Alors en 2012, sous la houlette de Glen Mills « la foudre » redouble d’efforts. Il n’entend pas rater l’occasion de parachever sa romance par une lune de miel londonienne. Surtout il n’entend pas laisser au jeune rookie Blake, nourri comme lui au biberon de papa Mills, l’occasion de lui piquer sa bien aimée. Et même quand celui-ci le bat à la régulière lors des sélections jamaïcaines en juin dernier, Bolt ne s’affole pas. Depuis 2004, il sait que c’est ni en avance ni en retard qu’il faut être au rendez-vous, mais le jour J à l’instant T. Devenu maître dans l’art du bluff et de l’esquive il laisse le prétendant Blake se brûler les ailes sous le feu médiatique. Pour mieux surgir à Londres. Pour ajouter un peu plus de panache à sa reconquête.

Et une fois de plus il est au rendez-vous. Il empoche le 100m malgré une concurrence féroce (7 athlètes sous les 10” : une première), puis le 200m quelques jours plus tard. L’absence de record du monde est comblée par la valeur de l’adversité que Bolt a su éliminer. Sa bien aimée est reconquise. Sa détermination à parachever cette romance l’a fait entrer dans la légende de sa discipline. Le garçon fraîchement marié se paie même le luxe d’offrir un nouveau record du monde à son épouse en guise de cadeau de mariage. Gentleman on vous a dit !
La lune de miel peut débuter. Viendra ensuite le voyage de noces. Un voyage jusqu’à Rio en 2016 ? Rien n’est moins sûr, le physique de l’époux étant de plus en plus chancelant. Mais après tout quelle importance ? Usain Bolt est déjà rentré dans la légende.

Sylvain Chanzy

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Ancien footeux et demi-fondeur, je suis un sport addict spécialiste de cyclisme, football, athlétisme, sports d'hiver, voire de tennis et handball à mes heures perdues. Aspirant journaliste depuis tout jeune, j'aime faire partager ma passion, mes analyses, et ma vision des évènements sportifs.

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