Les Aussies la tête à l’envers

Avec seulement deux joueurs dans le top 100 mondial, le tennis australien subit depuis quelques années une véritable traversée du désert. Les Aussies retrouveront-ils leur ancienne gloire passée ?

L’époque glorieuse du tennis australien semble lointaine. Il y a encore dix ans, Mark Philippoussis et Lleyton Hewitt dominaient le classement mondial. Depuis la dernière finale majeure de Hewitt (Open d’Australie en 2005), les Aussies ont peu à peu disparu du top 100 et l’équipe de Coupe Davis traîne sa misère dans le Groupe 1 Asie/Océanie.

Les résultats encourageants de Bernard Tomic et de Lleyton Hewitt (proche de la retraite, faut-il le rappeler) au dernier Open d’Australie, où ils ont atteint les huitièmes de finale, cachent l’état déplorable dans lequel se morfond le tennis australien. Avec seulement deux joueurs présents dans le top 100 mondial et dont le premier n’est que 34ème (Bernard Tomic), que manque-t-il à l’Australie pour retrouver le sommet de la hiérarchie mondiale ?

« Pour chaque transaction financière, Tennis Australia veut sa part du gâteau »

La nomination de Stephen Healy à la tête de la fédération australienne en avril 2010, après 21 ans de « règne » de Geoff Pollard, a révélé les nombreuses tensions et dissidences qui règnent au sein du tennis australien. Paul McNamee, autre candidat à la présidence, a longtemps pointé du doigt certaines défaillances du système, accusant même Tennis Australia d’être davantage attiré par le pouvoir et l’argent, au détriment du bien-être de ce sport. Des critiques reprises par Lleyton Hewitt, qui a soutenu la candidature de l’ancien spécialiste du double. « Il y a eu des changements dans l’administration du tennis depuis cinq ans. Beaucoup de gens espéraient que cela améliorerait les choses mais, si vous discutez avec les joueurs, actifs ou retraités, et le monde du tennis en général, on se rend compte que cela a empiré ».

Parmi les accusations lancées à l’encontre des dirigeants australiens, on retrouve couramment l’assignation quasi-systématique des entraîneurs aux joueurs Aussies par la fédération. Cette situation de contrôle des coachs et plus généralement des clubs est encore aujourd’hui dénoncée par Paul McNamee, qui soulève par la même occasion la question de l’indépendance des joueurs. Il faut sans doute y trouver là une des raisons du désaccord permanent qui règne entre le clan Tomic (le fils étant entraîné par le père) et Tennis Australia.

Si le statut des entraîneurs – privés ou non – causent régulièrement quelques soucis aux quatre coins de la planète (la fédération américaine dénonçant pour sa part « l’invasion » des coachs privés), d’autres faits troublants viennent pourtant corroborer la thèse des intérêts financiers et politiques de Tennis Australia mentionnée par McNamee. Le changement de surface de l’Open d’Australie en 2008 – le Plexicushion remplaçant le Rebound Ace après vingt ans de service – n’avait pas seulement irrité les joueurs, mais avait aussi mis en lumière l’implication controversée d’Ashley Cooper, ancien vainqueur de Wimbledon et membre de la fédération australienne. Le contrat, de plusieurs millions de dollars, pour l’installation des nouveaux courts à Melbourne Park fut attribué à la société Australian Plexipave, compagnie dont Ashley Cooper fut directeur puis actionnaire. Une affaire qui avait fait grand bruit à l’époque.

Création d’un organisme de bienfaisance (Australian Tennis Foundation) venant concurrencer le Kids Tennis Foundation de McNamee, rachat controversé du magazine Australian Tennis, média critiquant le fonctionnement de la fédération et manque flagrant de promotion du tennis : les polémiques ne cessent de se multiplier et creusent encore un peu plus le fossé entre dirigeants, joueurs et autres observateurs. Le constat est d’ailleurs sans appel pour David Drysdale, ancien employé de Tennis Australia et manager de Lleyton Hewitt : « Tennis Australia semble vouloir contrôler tout ce qui concerne le tennis dans ce pays. Pour chaque transaction financière dans ce pays, Tennis Australia veut sa part du gâteau ».

Cash et Rafter, les sauveurs du tennis Aussie ?

Malgré les accusations et affaires en tous genres, nombreux pourtant sont ceux qui s’accordent à dire que le système actuel doit être réformé. Le virulent contestataire Paul McNamee s’était d’ailleurs servi de sa tribune dans le Sydney Morning Herald en janvier 2011 pour exposer ses solutions face aux maux australiens. Selon lui, la fédération adopte un comportement dictatorial, préférant imposer ses choix plutôt qu’écouter les besoins des joueurs. Une conduite qui s’illustre notamment par l’assignation des coachs. Réaffirmant dès lors sa volonté de laisser aux joueurs le choix de leurs entraîneurs afin d’éviter des errements dans leur carrière – « une des adolescentes australiennes jouant à l’Open d’Australie a eu sept entraîneurs qui lui ont été assignés en seulement quelques années. Pas étonnant qu’il y ait des problèmes de confiance » – il conçoit également la fédération comme « un prestataire de services » qui doit s’adapter aux nécessités particulières de chaque joueur (nutrition, équipements…).

Si Stephen Healy, président de la fédération, ne partage pas totalement les idées de McNamee, il reconnait tout de même que la situation inquiétante du tennis australien requiert des modifications. Pointant du doigt le manque de compétences de nombreux entraîneurs, peu formés au haut niveau, Healy a déjà entrepris de recruter d’anciennes gloires du tennis afin qu’elles puissent apporter leur expérience aux plus jeunes, et ainsi leur permettre une meilleure transition vers le niveau professionnel. C’est ainsi que Pat Cash fut engagé dès 2010 pour s’occuper des juniors tandis que Pat Rafter fut nommé capitaine de l’équipe de Coupe Davis fin 2010 et Tony Roche entraîneur de cette même équipe. « Des hommes comme Pat Rafter sont impliqués, procurant leur expertise au groupe ; je ne pense pas qu’il y ait un ancien joueur qui ne puisse pas apporter une contribution au tennis australien », expliqua Stephen Healy au Brisbane Times l’an dernier.

Si les chantiers sont encore nombreux pour faire briller les couleurs australiennes, Craig Tiley, directeur de l’Open d’Australie, reste néanmoins optimiste quant à l’avenir du tennis Aussie. « Si vous regardez en direction des plus jeunes joueurs, ils ont eu de grands succès, certains d’entre eux étant parmi les meilleurs jeunes que nous ayons eu, et leur transformation en de grands joueurs prend du temps », se défend-il. « Nous envisageons une transition de quatre à cinq ans vers le top 100 donc il n’est pas réaliste d’avoir des jeunes de 19 ou 20 ans dans le top 100 ». Derrière le prodige Bernard Tomic, l’avenir semble donc désormais reposer sur James Duckworth et Matt Ebden, qui ont tous deux atteint le second tour à Melbourne, et les juniors Jason Kubler, Ben Mitchell et Luke Saville, récent vainqueur de l’Open d’Australie junior.

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