Al-Jazira Sport vers le monopole absolu ?
Décryptage de l'année 2011, marquée par l'arrivée tonitruante d'Al-Jazira dans le petit monde des droits TV européens.
- Par M. Ben Aissa
- Dimanche 01 janvier
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En novembre 2009, Al-Jazira Sport a racheté le leader de la diffusion sportive arabe de l’époque, à savoir ART Sport, pour la coquette somme de 3 milliards de dollars ! Depuis ce rachat, la chaine qatarie livre une bataille inégale avec les chaines publiques du monde arabe.
2011, année bling-bling :
Présents sur tous les grands fronts, la chaîne qatarie a arraché plusieurs droits importants au cours de l’année 2011. On distingue notamment :
1. L’acquisition des droits de diffusion de la Ligue 1. En juin 2011, la chaine obtient les droits de retransmission de la Ligue 1 pour la période 2012-2016 en mettant sur la table la somme de 90 millions d’euros. Conséquence de cette acquisition, les Qataris vont investir en créant une chaine diffusant en langue française et une autre diffusant en clair (nécessaire pour remplir l’une des conditions présentes dans le cahier des charges de LFP). Cet investissement sera bénéfique pour la France puisque Nasser al-Khelaifi, le président d’Al-Jazira Sport a affirmé que la chaîne compte générer pas moins de 150 nouveaux postes.
2. L’acquisition des droits de diffusion de l’UEFA Champions League. Cette annonce a fait l’effet d’une bombe dans les médias français : une chaine qatarie qui obtient 4 des 5 lots mis en jeu pour la diffusion de la compétition européenne phare en France ! Selon le contrat, les Qataris auront la charge de diffuser 133 matchs de Ligue des Champions jusqu’en 2015.
3. L’acquisition des droits de la diffusion de l’EURO 2012. Pour finir l’année en beauté Al-Jazira, vient de mettre sur la table un chèque de 130 millions d’euros pour obtenir les droits de diffusion de l’Euro 2012 en France !
Stratégie ou chantage commercial ?
La chaine adopte une stratégie commerciale peu orthodoxe en essayant au maximum de ne pas vendre les droits de diffusion des manifestations à d’autres chaînes. Ce qui compte le plus pour elle, ce sont les ventes d’abonnements.
En prenant le contexte tunisien comme exemple, Al-Jazira Sport a proposé de revendre les droits de diffusion de la CAN Orange 2012 au TV tunisiennes contre 10 Millions de dollars pour un pack de 10 matchs ! Soit un millions de dollars par rencontre, un montant irréel pour un pays comme la Tunisie qui ne peut garantir une telle somme.
Il est à noter aussi que le prix de ce même pack a été multiplié par 3, passant de 3 millions de dollars lors de la CAN 2010 à 10 millions de dollars cette année. Bien évidement le public tunisien sera poussé à suivre les matchs de l’équipe nationale tunisienne sur Al-Jazira Sport.
Ici, les Qataris n’ont rien créé : ils ont simplement recyclé le vieux concept de ART, qui consiste à proposer des sommes irréelles pour décourager les télévisions nationales.
Qui sont les gagnants et les perdants de ce business ?
Les gagnants sont très facilement repérables : ils s’agit en effet des détenteurs des droits des compétitions, à savoir les fédérations et les confédérations (FIFA, CAF, UEFA).
L’augmentation des droits d’acquisition permet logiquement d’améliorer les revenus des détenteurs des droits. Les présidents des confédérations se frottent les mains en regardant arriver un géant tel que Al-Jazira Sport. Cette concurrence ne peut être que bénéfique pour eux.
Pour exemple, les chiffres de l’évolution des droits TV de la Coupe du Monde :
1990 : 95 millions de francs suisses (60M €)
1994 : 110 millions de francs suisses (70M €)
1998 : 135 millions de francs suisses (86M €)
2002 : 1 300 millions de francs suisses (830M €)
2006 : 1 500 millions de francs suisses (957M €)
Les autres gagnants seront les clubs de foot, qui profitent directement de cette concurrence entre les médias pour aussi améliorer leurs revenus en terme de droit d’images.
Côté perdants, les pays pauvres se placent, l’Afrique et l’Asie en tête. Dans un monde où le sport est devenue l’attraction mondiale numéro 1, imposer des sommes astronomiques pour pouvoir diffuser une compétition reste un gros point noir.
Aujourd’hui, le financement du sport reste un sujet à double discours, puisque l’empereur du football mondial et de la FIFA, Sepp Blatter, tient toujours a préciser que le sport se rapproche un peu plus du peuple et s’universalise… Or, le coté sombre de la stratégie de Al-Jazira Sport réside dans la vente des droits de diffusion à des prix inaccessibles pour certains. Et ce sont toujours les mêmes qui ne peuvent plus regarder des spectacles dont ils sont les principaux acteurs. Incroyable mais vrai !
Quelles solutions ?
Personnellement, je crois que cette situation risque de dériver en un cercle vicieux. Une solution et possible : dissocier le métier de commercialisation des droits avec celui de la diffusion. Dans ce cas, Al-Jazira deviendrait soit une chaine de diffusion, soit un commerçant de droits comme peut l’être Sportfive.
Une autre solution est envisageable : imposer à Al-Jazira la commercialisation à un prix équitable un minimum de matchs sur les chaines terrestres nationales.
Dans un autre cadre, il faut dès aujourd’hui s’activer pour développer un business plan afin de redorer l’image de marque de nos compétitions nationales dans le but de vendre leurs droits à des prix intéressants, pour développer a la fois les infrastructures et surtout financer nos sports.









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